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Académie · Cours Antiquité · Religion

0. Avant-propos

Comprendre le zoroastrisme

Xanthos de Lydie, un auteur de langue grecque contemporain d’Hérodote, situait Zarathoustra six mille ans avant l’expédition de Xerxès contre la Grèce. Les prêtres zoroastriens qui compilent leurs livres au IXᵉ siècle de notre ère comptent, eux, 258 ans entre Zarathoustra et Alexandre. Les deux dates s’écartent de près de six millénaires. Aucune des deux n’est une date au sens où l’entend un historien.

Le chiffre de 258 ans a pourtant fini dans les manuels, qui placent encore souvent Zarathoustra au VIᵉ siècle avant notre ère. Il sort d’une addition de règnes insérée dans une histoire du monde découpée en quatre périodes de trois mille ans. On ignore en réalité quand et où Zarathoustra a vécu, et une partie de la philologie discute même qu’il ait composé les hymnes qu’on lui attribue.

Ce cours répond à une question précise : comment connaît-on une religion dont les textes les plus anciens ont été récités pendant plus de deux mille ans avant d’être copiés dans les manuscrits qui nous restent, et que peut-on dire, avec ces textes et avec les documents des rois qui la pratiquaient, de ce qu’elle enseignait à chaque époque ? Les plus anciens manuscrits datés de l’ ont été copiés en 1323. Les , qu’ils contiennent, sont datées par convention de la fin du IIᵉ millénaire ou du début du Iᵉʳ millénaire avant notre ère, sur des critères de langue que les spécialistes discutent. Le résumé ordinaire du zoroastrisme, un prophète, un dieu unique, deux principes en guerre, mélange des textes que séparent près de deux millénaires. Le cours les remet dans l’ordre.

Il ne fait pas l’histoire des communautés zoroastriennes modernes, sauf pour expliquer d’où viennent les manuscrits, et ne traite pas le Zarathoustra de Nietzsche.

Seize ans de comptes à Persépolis

En mars 1933, une mission de l’Oriental Institute de Chicago dirigée par Ernst Herzfeld dégage, dans deux petites pièces du mur de fortification de Persépolis, des dizaines de milliers de tablettes d’argile. Ce sont les archives d’un bureau de l’administration royale, tenues surtout en élamite, langue d’un ancien royaume voisin que la chancellerie perse a gardée pour ses comptes. Les textes datés couvrent les années 509 à 493 avant notre ère, sous Darius Iᵉʳ. On y suit des sorties de grain, de vin, de bétail, et parmi elles des rations versées pour les dieux.

Auramazda, le dieu dont Darius dit tenir son pouvoir, reçoit des offrandes. Il n’est pas seul. Les mêmes magasins fournissent des cérémonies où figurent aussi Mithra, un dieu Nariyosang, une montagne divinisée nommée Ariyaramna, et le dieu élamite Humban, que Wouter Henkelman range avec Auramazda parmi les dieux royaux de cette administration. Ni ces tablettes ni les inscriptions des rois ne nomment Zarathoustra. Un roi qui se réclame d’Auramazda fait donc entretenir par ses comptables le culte d’autres dieux. « Darius était-il zoroastrien ? » n’appelle ni oui ni non. La question qu’on peut instruire est autre : quels dieux l’État perse nourrissait-il, sous quelles formes, et pourquoi.

Comment le cours traite ses sources

Chaque affirmation renvoie à une source identifiable, strophe numérotée, inscription avec son sigle, manuscrit avec son dépôt. Quand la recherche ignore une chose, le texte dit pourquoi. Quand elle est divisée, il donne les camps avec leurs noms. Jean Kellens et Éric Pirart ont soutenu en 1988 que l’auteur des Gâthâs ne peut pas être Zarathoustra, puisqu’une strophe s’adresse à lui par son nom ; William Malandra leur répond qu’un poète védique, Vasishtha, se nomme lui-même ainsi dans ses hymnes. Le chapitre 4 expose les deux arguments dans leur version la plus solide, sans conclure là où la philologie ne conclut pas.

Dans les chapitres, les mots soulignés s’ouvrent au survol sur une courte définition, et les chiffres en exposant renvoient à une note qui donne la référence ou la précision savante. Des encadrés isolent un document, un débat ou une erreur courante.

À la fin du cours, vous saurez

  • expliquer par quelle chaîne de transmission des hymnes composés oralement sont parvenus jusqu’aux manuscrits du XIVᵉ siècle, et ce que cette chaîne interdit de conclure ;
  • distinguer ce que disent les Gâthâs, ce qu’ajoutent les textes avestiques plus récents, et ce que systématisent les livres en moyen-perse des IXᵉ et Xᵉ siècles ;
  • exposer les positions en présence sur la date de Zarathoustra et sur son statut d’auteur ;
  • dire ce que les inscriptions royales et les tablettes de Persépolis permettent d’affirmer sur la religion des rois achéménides, et ce qu’elles ne permettent pas ;
  • expliquer comment le dualisme passe du choix entre deux esprits, dans les Gâthâs, à la cosmologie d’un combat de douze mille ans ;
  • situer la question de l’influence iranienne sur le judaïsme du Second Temple dans l’état réel du débat.

Les dix chapitres

  1. Textes et transmissionComment une liturgie récitée de mémoire devient une suite de manuscrits.
  2. Héritage indo-iranienLe fonds commun avec l’Inde védique, et le point où les vocabulaires s’inversent.
  3. Les GâthâsCe qu’on lit avec sécurité dans les hymnes les plus anciens, et comment le XIXᵉ siècle en a fait un monothéisme.
  4. Zarathoustra en questionPourquoi sa date et son pays restent inconnus, et le débat sur sa qualité d’auteur.
  5. Avesta récent et rituelLes dieux, le sacrifice et les règles de pureté des textes plus tardifs.
  6. Rois achéménidesInscriptions, tablettes et Hérodote, avec ce que chacun dit et tait.
  7. Mages et rois sassanidesUn clergé et des feux royaux liés à la monarchie, d’après les inscriptions du grand prêtre Kirdir.
  8. Ohrmazd contre AhrimanLa cosmologie des livres pehlevis, et le dossier du dieu du Temps, Zurvan.
  9. Mort, jugement, fin des tempsLe pont des morts, la résurrection, le cadavre, et le débat sur l’influence iranienne.
  10. Après la conquête arabePourquoi la doctrine est mise par écrit sous domination musulmane, et le chemin des manuscrits.

Avant de commencer

Le cours ne suppose aucune connaissance de l’Iran ancien ni des langues anciennes. Les termes avestiques et moyen-perses sont expliqués à leur première apparition. Il s’articule avec « Comprendre la Perse antique », qui traite l’administration achéménide, sans exiger de l’avoir suivi. La lecture complète, notes et encadrés compris, demande environ trois heures.