Connectez-vous pour enregistrer les articles, suivre votre progression et ajouter des favoris.

Suivez-nous :
Biographie
Abonnez-vous pour bénéficier des playlists

Al-Khwarizmi, savant de la Maison de la sagesse

Moyen Âge31 octobre 202613 min de lecture
Muḥammad ibn Musa al-Khwarizmi / Wikimedia Commons
13 min de lectureIntroduction en accès libre
La biographie complète en PDFAbonnez-vous pour bénéficier du téléchargement PDF
Introduction

Cinquante ans promis au calife al-Wathiq

Dans le manuscrit d’Oxford qui conserve son traité d’algèbre, l’ouvrage ne porte pas le long titre sous lequel on le cite. La copie, datée de 1342 et achetée par la Bodleian Library en 1693 avec les collections de Robert Huntington, l’appelle simplement Kitab al-Khwa​rizmi, « le livre d’al-Khwa​rizmi » (Oxford, Bodleian Library, MS. Huntington 214, ff. 1v-34r). Le titre développé, al-Kitab al-mukhtasar fi hisab al-jabr wa-l-muqabala, que Frederic Rosen a placé en tête de son édition de 1831, n’y figure pas et reprend les termes de la préface. Au XIIᵉ siècle, les traducteurs latins écrivent le nom de l’auteur Algo​rizmi, la forme devient algorismus, le mot finit par désigner n’importe quel manuel de calcul avec les chiffres indiens, et une étymologie de fantaisie en tire enfin notre « algo​rithme », forme qu’aucun texte écrit de son vivant ne lui donne.

Son nom complet, Muhammad ibn Musa al-Khwa​rizmi, se compose d’un prénom, du nom du père et d’une nisba. Le Khwarazm désigne le cours inférieur de l’Amou-Daria, au sud de la mer d’Aral. Le Fihrist d’Ibn al-Nadim, catalogue de libraire achevé à Bagdad en 987-988, précise que sa souche venait de là (Kitab al-Fihrist, éd. G. Flügel, Leipzig, 1871-1872, I, p. 274), ce qui ne dit rien du lieu où lui-même est né. Les sources hésitent sur sa kunya, le surnom formé sur « père de », entre Abu Ja’far et Abu ’Abd Allah. Aucune ne donne de date de naissance. L’année 780 qu’on lit partout est une convention moderne ; le seul raisonnement disponible part du fait qu’il compose des ouvrages pour le calife al-Ma’mun (r. 813-833), ce qui le fait naître avant 800 environ.

Ses livres sont mieux connus que sa personne. Au calife al-Ma’mun il dédie le traité d’algèbre et un recueil de tables astronomiques, le Zij al-Sindhind, refonte d’un ouvrage sanskrit parvenu à Bagdad vers 770. Le manuel de calcul avec les chiffres indiens renvoie à l’algèbre et lui est donc postérieur. Un court traité sur le calendrier juif se date, par un calcul interne, de 823-824. La Géographie, Kitab surat al-ard, dresse la liste des coordonnées de villes, de montagnes, de mers, d’îles et de fleuves en corrigeant largement celles de Ptolémée. Une chronique, aujourd’hui perdue, sert d’autorité à al-Tabari pour un événement de 826. Selon le Fihrist, enfin, al-Khwa​rizmi était entièrement attaché à la khizanat al-hikma d’al-Ma’mun, la bibliothèque du palais, que les textes nomment aussi bayt al-hikma, la Maison de la sagesse.

En 847, il est encore à la cour. Al-Tabari, né en 839, qui achève sa chronique universelle à Bagdad au début du Xᵉ siècle, rapporte que, pendant la dernière maladie du calife al-Wathiq (r. 842-847), on fit venir des astrologues, parmi lesquels un Muhammad ibn Musa al-Khwa​rizmi. Ils examinèrent l’horoscope du malade et lui promirent cinquante années de vie ; le calife mourut dix jours plus tard (al-Tabari, Ta’rikh al-rusul wa-l-muluk, éd. M. J. de Goeje, III, 2, p. 1364 ; trad. J. L. Kraemer, The History of al-Tabari, XXXIV, 1989). C’est la dernière mention datée de l’homme et la seule borne de sa mort, survenue après le 10 août 847 à une date que rien ne permet de fixer.

D’autres épisodes lui sont rattachés, et ils tiennent mal. Un géographe de la fin du Xᵉ siècle, al-Muqaddasi, le fait envoyer en 842 auprès du souverain des Khazars, au nord du Caucase. Un voyage en territoire byzantin, à la recherche de la grotte des Sept Dormants près d’Éphèse, est attribué à un « Muhammad ibn Musa l’astronome » qui pourrait être un autre savant de la cour. Le passage d’al-Tabari qui le place au chevet d’al-Wathiq lui donne en outre deux épithètes, al-Majusi, « le mazdéen », et al-Qutrubbulli, « de Qutrubbul », bourgade voisine de Bagdad, et leur lecture divise les spécialistes. On ignore donc où il est né, quelle était la religion de sa famille et quelle place exacte il occupait auprès des califes.

Il faut reprendre les textes un par un. Les notices anciennes d’abord, d’al-Tabari à Ibn al-Qifti, avec leurs dates et leurs emprunts, puis les copies d’Oxford, de Cambridge et de Strasbourg, qui transmettent les œuvres à deux ou cinq siècles de distance, ou seulement en latin. Viendront ensuite trois points disputés, l’épithète d’al-Majusi, l’homonyme d’Éphèse et la nature de la Maison de la sagesse, puis la manière dont le nom latin a produit, à partir du XIIᵉ siècle, une figure que les sources arabes ne donnent pas.

La suite de la biographie

Ce que les sources permettent de tenir

Se connecter pour enregistrer
Se connecter pour enregistrer
Suivez-nous :
La lettre

Vous avez aimé cette biographie ?

Les nouveaux récits de l’encyclopédie et la biographie du moment.