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Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et croisé

Moyen Âge26 octobre 202616 min de lecture
Adam Bishop / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un surnom écrit devant Acre

Le surnom apparaît pour la première fois au vers 2306 de l’Estoire de la guerre sainte, un poème en vers français dû à un certain Ambroise et conservé complet par un seul manuscrit, au Vatican (Reg. lat. 1659), à l’endroit où l’armée longe Casal Imbert et découvre Acre, au début de juin 1191. Le poème a été achevé entre 1194 et 1199, et l’on ne sait pas si ce « quor de lion » circulait du vivant du roi. Dans les actes de sa chancellerie, il n’est jamais que Ricardus Dei gratia rex Anglorum, dux Normannorum et Aquitanorum, comes Andegavorum. Quant à Plantagenêt, le nom sous lequel les manuels le rangent, c’était le sobriquet de son grand-père Geoffroi d’Anjou, et aucun descendant ne l’a porté comme nom de famille avant Richard d’Yo​rk, vers 1448.

Richard naît le 8 septembre 1157 à Oxford, probablement au palais de Beaumont. Le jour vient des chroniques du règne de son père, aucun acte ne l’enregistre. Il est le troisième fils d’Henri II, roi d’Angleterre depuis 1154, et d’Aliénor, héritière du duché d’Aquitaine. En 1172, il est installé comme duc d’Aquitaine, et c’est entre Poitiers et Limoges que se passe l’essentiel de sa vie d’adulte. Avec ses frères Henri le Jeune et Geoffroi, il se soulève contre leur père en 1173, aux côtés du roi de France Louis VII. La mort d’Henri le Jeune, le 11 juin 1183, fait de lui l’aîné des fils vivants, et en 1189, allié à Philippe Auguste, il mène contre Henri II la campagne qui s’achève par la mort du vieux roi à Chinon, le 6 juillet.

Couronné à Westminster le 3 septembre 1189, Richard ne reste en Angleterre que le temps de vendre des charges et de lever l’argent de l’expédition. Le 4 juillet 1190, il quitte Vézelay avec Philippe Aug​uste. L’armée hiverne à Messine, en Sicile, puis la tempête disperse la flotte, dont une partie s’échoue à Chypre ; le maître de l’île, Isaac Comnène, en est dépossédé en mai 1191, et le 12 mai, à Limassol, Richard épouse Bérengère, fille du roi Sanche VI de Navarre, amenée par Aliénor. Devant Acre, assiégée par les croisés depuis 1189, il arrive au début de juin, et la ville capitule le 12 juillet. Le 20 août, plusieurs milliers de prisonniers de la garnison sont exécutés sur son ordre, en vue de l’armée de Saladin. Philippe Auguste est déjà reparti. Richard conduit la marche vers le sud, gagne la bataille d’Arsuf le 7 septembre 1191, approche deux fois de Jérusalem sans l’assiéger, dégage Jaffa en août 1192 et conclut avec Saladin, au début de septembre, une trêve qui laisse aux Latins la côte de Tyr à Jaffa. Il s’embarque le 9 octobre.

Après un naufrage dans l’Adriatique, il traverse les terres d’Empire sous un déguisement et il est pris près de Vie​nne, en décembre 1192, par le duc Léopold V d’Autriche, que plusieurs griefs nés de la croisade opposaient au roi. Gardé à Dürnstein, il est remis au début de 1193 à l’empereur Henri VI. Dans la chanson Ja nus hons pris (RS 1891), que les chansonniers lui attribuent et que l’on date du printemps 1193, il écrit que ses amis auront honte si, faute de rançon, il reste « deus ivers pris ». La rançon est fixée à 150 000 marcs, dont 100 000 sont versés avant sa libération, à Mayence, le 4 février 1194, après qu’il a fait hommage de son royaume à l’empereur. Il débarque en Angleterre en mars et repart en mai.

Les cinq années suivantes se passent sur le continent, contre Philippe Auguste. Le soir du 25 mars 1199, devant le petit château de Châlus-Chabrol, en Limousin, un carreau d’arbalète l’atteint à l’épaule, et la plaie s’infecte. Il meurt le 6 avril 1199, sans enfant légitime ; son frère Jean lui succède. Le corps va à Fontevraud, aux pieds de son père, le cœur à la cathédrale de Rouen, et les textes hésitent, pour les entrailles, entre Châlus et l’abbaye de Charroux.

Aucun texte écrit de son vivant ne prend sa vie entière pour objet, et presque tout ce qui précède vient d’hommes qui le servaient, l’accompagnaient ou le combattaient. Il faut maintenant prendre ces textes un à un, les chroniques du clerc Roger de Howden, le poème d’Ambroise et sa traduction latine, le récit de Baha al-Din dans le camp de Saladin et la chanson de captivité, puis examiner trois épisodes sur lesquels les historiens se divisent, le lit partagé avec Philippe Auguste en 1187, l’exécution des prisonniers d’Acre et le siège de Châlus, avant de suivre la réputation du roi depuis un calcul de purgatoire du XIIIᵉ siècle jusqu’à l’analyse chimique de son cœur en 2013.

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