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Léon III l’Isaurien, empereur initiateur de l’iconoclasme

Moyen Âge29 octobre 202615 min de lecture
George E. Koronaios / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Le spatharios qui entra par la porte Dorée

Aucun document de son vivant ne l’appelle « l’Isaurien ». L’épithète remonte à une phrase de Théophane le Confesseur, qui écrit entre 810 et 815 que Léon était originaire de Germanikeia, « en vérité d’Isaurie » (Chronographia, AM 6209, éd. Carl de Boor, Leipzig, 1883-1885). Germanikeia, l’actuelle Kahramanmaraş, se trouve pourtant aux confins nord de la Syrie, à plusieurs centaines de kilomètres à l’est des montagnes isauriennes. Anastase le Bibliothécaire, qui traduit la chronique en latin dans la seconde moitié du IXᵉ siècle, écrit genere Syrus, et la Vie d’Étienne le Jeune, composée en 809, dit syrogenês, « de race syrienne ». Le nom de baptême pose une autre question. Théophane prête à l’empereur, dans un échange avec le patriarche Germanos rangé sous l’année 729-730, l’aveu qu’il s’appelait en réalité Konon (AM 6221), et Zonaras, au XIIᵉ siècle, lui fait dire à la première personne que ses parents l’avaient nommé ainsi dès l’enfance.

Aucune source ne donne sa date de naissance ni son âge au décès, et les répertoires proposent des fourchettes qui vont de 675 à 685 environ. Selon Théophane, sa famille fut transférée à Mésembria, sur la côte thrace de la mer Noire, pendant le premier règne de Justinie​n II (685-695). En 705, quand Justinie​n​ revient d’exil avec des alliés bulgares, Léon vient à sa rencontre avec un troupeau de moutons, reçoit aussitôt la dignité de spatharios, officier d’escorte du palais, puis part pour le Caucase avec de l’or destiné à lancer les Alains contre l’Abasgie, alors soumise aux Arabes. Le récit de cette mission est assez circonstancié pour que Cyril Mango et Roger Scott, dans leur traduction de 1997, envisagent une biographie contemporaine aujourd’hui perdue, en assortissant l’hypothèse d’un point d’interrogation.

Sous Anastase II (r. 713-715), il commande les Anatoliques, l’un des grands thèmes d’Asie Mineure. Quand Théodose III renverse Anastase en 715, Léon refuse de le reconnaître et s’entend avec le stratège des Arméniaques, Artabasde, à qui il promet sa fille Anna. L’année suivante, l’armée arabe de Maslama, frère du calife Sulayma​n, traverse l’Asie Mineure. Léon traite avec elle, fait passer des renforts dans Amorion assiégée, puis capture près de Nicomédie le fils de Théodose avec sa suite. Théodose abdique. D’après le Breviarium du patriarche Nicéphore (§ 52, éd. Cyril Mango, Dumbarton Oaks, 1990), les autorités civiles et militaires le choisissent pour faire face au danger, et il reçoit la couronne à Sainte-Sophie après être entré par la porte Dorée, le 25 mars 717.

Le règne s’ouvre sur un siège. À la fin de l’été 717, Maslama investit Constantinople par terre et par mer ; la flotte arabe essuie le feu grégeois, l’armée un hiver très dur, puis une attaque bulgare sur ses arrières, et le siège est levé le 15 août 718. Un fils, Constan​tin, naît la même année ; Léon le fait couronner coempereur à Pâques 720 (AM 6212), et une monnaie d’argent nouvelle, le miliarèsion, porte au revers les noms des deux souverains. En 733, Constantin épouse une fille du khagan des Khazars, baptisée sous le nom d’Irène (AM 6224). En 726, Théophane rapporte une éruption sous-marine entre Thé​ra et Thérasia, dans les Cyclades, et prête à l’empereur une lecture de la catastrophe comme signe de la colère divine (AM 6218). En janvier 730, au cours d’un silentium, assemblée solennelle tenue au palais, le patriarche Germanos refuse de souscrire sans concile œcuménique à une décision sur les images et dépose l’omophorion. Son syncelle Anastase est ordonné le 22 janvier (AM 6221). En 740, une armée byzantine bat à Akroinon, en Phrygie, les troupes d’al-Battal. Léon meurt d’hydropisie le 18 juin 741 et il est inhumé aux Saints-Apôtres.

Sur les images, la documentation s’arrête net. Aucun texte de Léon à leur sujet n’a été conservé, et sa politique n’est connue que par des récits postérieurs au concile de Nicée de 787, rédigés par des auteurs du parti des icônes. Il faut donc reprendre ces textes un à un, avec leur date et le milieu qui les a produits, puis rouvrir l’affaire de l’icône de la Chalcé et la querelle des dates entre 726 et 730, en y joignant le conflit fiscal avec Rome, avant de suivre comment le Syrien impie de Théophane est devenu, entre le IXᵉ et le XIIᵉ siècle, l’Isaurien des manuels.

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