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Biographie
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Tiberius Gracchus, tribun de la loi agraire

Antiquité19 septembre 202614 min de lecture
Eugène Guillaume / Wikimedia Commons
14 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Jeté au Tibre avec les autres morts

Le corps n’a jamais reçu de tombe. Selon Plutarque, les meurtriers refusent à Caius Gracchus le droit d’emporter la dépouille de son frère pour l’ensevelir de nuit, et la jettent dans le Tibre avec celles des autres victimes (Vie de Tiberius Gracchus, 20, 2, éd. R. Flacelière et É. Chambry, Les Belles Lettres, 1976). Le même auteur compte plus de trois cents tués sur le Capitole, frappés avec des bâtons, des pierres et des pieds de bancs brisés, sans qu’une seule épée ait servi (19, 6). Le premier coup vient d’un collègue du tribunat, Publius Satyreius ; un certain Lucius Rufus se vante d’avoir porté le second, et Plutarque rapporte cette vantardise avec une réprobation qu’il ne cache pas.

L’homme ainsi traité s’appelle Tiberius Sempronius Gracchus, fils de Tiberius, petit-fils de Publius. Il porte le prénom et le surnom de son père, deux fois consul et censeur, ce qui oblige à préciser de quel Tiberius Gracchus on parle. Sa mère, Cornelia, est une fille de Scipion l’Africain. Pour la naissance, on calcule. Plutarque écrit dans la Vie de Caius Gracchus (1, 2) que Tiberius n’avait pas encore trente ans à sa mort et qu’il était l’aîné de son frère de neuf ans, d’où une naissance en 163 ou 162 av. J.-C. La mort tombe en 133, probablement pendant l’été, puisque Appien situe les élections tribuniciennes en été, au temps des moissons (Guerres civiles, I, 14) ; aucune source ne donne le jour.

La carrière antérieure tient en peu de lignes. Très jeune, il entre au collège des augures, d’après Plutarque (4, 1), et il épouse Claudia, fille d’Appius Claudius Pulcher, consul en 143 et prince du Sénat, c’est-à-dire premier inscrit sur la liste des sénateurs. En Afrique, il sert sous Scipion Émilien, mari de sa sœur Sempronia, et l’annaliste Caius Fannius, cité par Plutarque, affirme être monté avec lui le premier sur le mur de Carthage. Questeur en 137, il accompagne en Espagne le consul Caius Hostilius Mancinus. L’armée, encerclée devant Numance, ne se dégage que par un traité que Tiberius négocie avec les Numantins et qui sauve, selon Plutarque, vingt mille citoyens (5, 4). Le Sénat refuse de ratifier l’accord et livre Mancinus à l’ennemi, sans inquiéter les officiers qui l’entouraient.

Élu tribun de la plèbe pour 133, il dépose une loi agraire, la lex Sempronia, dont le texte n’est pas conservé. Plutarque et Appien (Guerres civiles, I, 9-13, éd. P. Goukowsky, Les Belles Lettres, 2008) s’accordent sur l’essentiel de son économie, une limite de cinq cents jugères, soit environ 125 hectares, à la part de terre publique qu’un particulier peut occuper, la reprise du surplus par l’État et sa distribution à des citoyens pauvres. Un autre tribun, Marcus Octavius, oppose son veto. Tiberius fait alors voter par les tribus la destitution de ce collègue, mesure que Plutarque qualifie lui-même d’illégale (11, 2) et dont il rapporte la procédure avec soin, dix-sept tribus sur trente-cinq ayant déjà voté quand le tribun suspend le scrutin pour supplier une dernière fois Octavius (12, 2). La loi passe ensuite. Une commission de trois membres, les triumviri agris iudicandis adsignandis, reçoit le pouvoir de juger du statut des terres et de les assigner ; elle réunit Tiberius, son beau-père et son frère Caius (Appien, I, 13). Des bornes de pierre gravées aux noms des commissaires ont été retrouvées en Italie du Sud, dont celle d’Atina, en Lucanie, qui nomme Caius Sempronius, Appius Claudius et Publius Licinius, successeur de Tiberius dans la commission (CIL I² 639 = ILLRP 470).

La même année, le roi Attale III de Pergame meurt en léguant son royaume au peuple romain. D’après Plutarque (14, 1-2), Tiberius propose d’employer les fonds du legs à équiper les nouveaux attributaires, et veut faire statuer le peuple sur les cités du royaume, prérogative que le Sénat tenait pour sienne. Il se présente ensuite à un second tribunat consécutif. Pendant l’assemblée électorale réunie sur le Capitole, le grand pontife Publius Cornelius Scipio Nasica, son cousin, entraîne des sénateurs et leurs gens contre lui, après que le consul Publius Mucius Scaevola a refusé d’user de la force contre un citoyen non jugé (19, 3).

Tout ce qui précède vient pour l’essentiel de deux auteurs grecs de l’époque impériale, qui écrivent deux cent trente à trois cents ans après les faits. Aucun texte de la main du tribun ne subsiste. Il faut maintenant examiner ces deux récits et ce qu’ils doivent à des auteurs perdus, dont Caius Gracchus lui-même, puis confronter la loi aux bornes et aux chiffres du cens, avant de reprendre trois questions que la recherche n’a pas refermées, la réalité de la crise démographique invoquée, la place des alliés italiens dans la réforme et la nature du meurtre du Capitole.

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