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Biographie
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Thémistocle, stratège athénien de Salamine

Antiquité14 septembre 202613 min de lecture
Pimpinellus / Wikimedia Commons
13 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Phréarrhes, Salamine, Magnésie

Une hémiobole d’argent de sept millimètres de diamètre, frappée à Magnésie du Méandre dans les années 460 av. J.-C., porte au revers un monogramme de deux lettres, ΘΕ, dans un carré creux. Elle pèse moins d’un demi-gramme. L’atelier qui l’a produite relevait d’un Athénien condamné à mort par contumace dans sa propre cité et installé en Asie par le roi de Perse. C’est l’un des très rares objets qui viennent de Thémistocle plutôt que de ce que les Grecs ont écrit sur lui.

Thémistocle est fils de Néoclès, du dème de Phréarrhes, dans la tribu Léontis. Sa mère n’était pas athénienne. Plutarque hésite entre une Thrace nommée Abrotonon, dont il cite une épigramme funéraire, et une Carienne appelée Euterpe, forme que donnait Phanias d’Érésos ; Néanthe de Cyzique ajoutait qu’elle venait d’Halicarnasse. La famille tenait au génos des Lykomides, puisqu’il fit restaurer à ses frais le sanctuaire de Phlya incendié par les Perses, détail que Plutarque tient de Simonide. Aucune source ne donne sa date de naissance. Les manuels écrivent « vers 524 » par soustraction, à partir de l’âge au décès que lui prête Plutarque.

Sa carrière publique commence par une magistrature annuelle et par un port.

Denys d’Halicarnasse le donne archonte éponyme en 493 (Antiquités romaines, VI, 34). Thucydide rapporte qu’il entreprit de fortifier le Pirée pendant qu’il exerçait sa charge, les trois rades de ce promontoire valant mieux que la plage de Phalère (I, 93, 3). Dix ans plus tard, un filon d’argent est ouvert au Laurion, dans le secteur de Maronée, sous l’archontat de Nicomédès, c’est-à-dire en 483/2. La cité en tire cent talents. Hérodote écrit qu’on s’apprêtait à les répartir entre les citoyens, à raison de dix drachmes par tête, et que Thémistocle obtint qu’on construisît deux cents navires pour la guerre contre Égine (VII, 144). La Constitution d’Athènes raconte autre chose. Les cent talents furent prêtés aux cent Athéniens les plus riches, un talent chacun (22, 7). Les deux textes ne décrivent pas la même opération.

En 480, il commande le contingent athénien, cent vingt-sept navires à Artémision selon Hérodote, sous le commandement général du Spartiate Eurybiade fils d’Eurycleidès. Après l’évacuation de l’Attique et l’incendie de l’Acropole, la flotte grecque se replie dans le détroit de Salamine, où les Péloponnésiens veulent encore reculer jusqu’à l’Isthme. Hérodote raconte qu’il envoya alors un homme de sa maison, Sicinnos, annoncer aux Perses que les Grecs allaient s’enfuir, et que l’escadre royale s’engagea dans le détroit (VIII, 75). La bataille eut lieu là, à la fin de l’été ou au début de l’automne 480, et la flotte de Xerxès y perdit l’essentiel de sa capacité offensive. La suite immédiate est moins glorieuse et vient du même auteur. Pendant l’hiver, Thémistocle fait le tour des îles de l’Égée pour y lever de l’argent ; Andros refuse et subit un siège, Carystos et Paros paient (VIII, 111-112). Sparte le reçoit ensuite avec des honneurs qu’aucun étranger n’avait obtenus, une couronne d’olivier pour l’intelligence, le plus beau char de la ville, une escorte de trois cents Spartiates choisis jusqu’à la frontière de Tégée.

L’année suivante, Athènes relève ses murailles pendant qu’il fait traîner les négociations à Sparte, épisode que Thucydide raconte longuement (I, 90-93). Un vote d’ostracisme l’écarte à la fin des années 470. Il s’installe à Argos. Quand Sparte dénonce la trahison de son propre régent Pausanias et met en cause l’Athénien, un procès s’ouvre à Athènes en son absence et se conclut par une condamnation capitale. Il gagne Corcyre, puis la cour d’Admète roi des Molosses, puis Pydna, et traverse l’Égée. Artaxerxès Ier, monté sur le trône vers la fin de 465, l’installe à Magnésie du Méandre et lui assigne trois villes, Magnésie pour le pain, Lampsaque pour le vin, Myonte pour la viande, la première valant cinquante talents par an (Thucydide, I, 138, 5).

Il meurt à Magnésie, vers 459 selon la chronologie qu’on retient d’ordinaire. Thucydide écrit qu’il tomba malade et finit ainsi sa vie, en signalant qu’on disait aussi qu’il s’était empoisonné faute de pouvoir tenir ce qu’il avait promis au roi (I, 138, 4). Un monument s’élevait sur l’agora de Magnésie. Ses proches affirmaient que ses os avaient été rapportés en Attique et enterrés en secret, la loi interdisant la sépulture d’un condamné pour trahison.

Tout ce qui précède repose sur quatre auteurs, dont le plus ancien écrit une génération après les faits et le dernier près de six cents ans plus tard. Il faut maintenant les prendre un par un, regarder qui les a lus et qui les a recopiés, voir ce que les tessons de vote, les monnaies de Magnésie et une stèle trouvée à Trézène en 1959 disent ou ne disent pas, et instruire trois épisodes sur lesquels la recherche ne s’accorde toujours pas.

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