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Biographie
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Sargon d’Akkad, fondateur du premier empire de Mésopotamie

Antiquité14 septembre 202614 min de lecture
Eric de Redelijkheid from Utrecht, Netherlands / Wikimedia Commons
14 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un seul bloc de gabbro porte son nom

Le musée du Louvre expose en salle 228 un bloc de gabbro haut de quatre-vingt-onze centimètres, brûlé, délité, dont il ne subsiste que la base. Deux registres y sont sculptés. En bas, un roi coiffé du casque à perruque et vêtu du kaunakès tient une masse d’armes, suivi d’un porteur d’ombrelle et de cinq hommes en armes. Au-dessus, des captifs nus sont poussés par un soldat. Devant le visage du roi, trois signes akkadiens donnent son nom, « Sargon, le roi ». C’est la seule sculpture connue qui le porte.

La pièce est inventoriée Sb 1. Elle n’a pas été trouvée en Mésopotamie mais à Suse, sur l’acropole, entre 1906 et 1908, par la mission de Jacques de Morgan. Elle proviendrait du temple d’Enlil à Nippur, d’où un roi élamite, Shutruk-Nahhunte, l’a emportée au XIIᵉ siècle av. J.-C., soit onze siècles après sa fabrication. Le visage n’est pas un portrait. Il suit un type royal akkadien, et rien n’indique qu’un sculpteur ait regardé le modèle.

Le nom se lit Šarru(m)-kīn, écrit šar-ru-GI à son époque. Il signifie à peu près « le roi est légitime », ou « le roi est loyal », et le sens exact se discute encore, en partie parce qu’on ignore s’il s’agit d’un nom de naissance ou d’un nom pris lors de l’accession, seconde pratique qui n’est pas attestée en Mésopotamie avant un bon millénaire.

Aucune source ne donne sa date de naissance. Aucune ne donne celle de sa mort. La durée du règne vient de la Liste royale sumérienne, compilée bien après lui, dont les manuscrits portent 56, 55 ou 54 années, tandis qu’une version plus ancienne en donne 40. Les dates les plus couramment reprises, 2334-2279 av. J.-C., sont celles de l’édition de référence des inscriptions royales akkadiennes ; Bertrand Lafont propose 2324-2285, Ingo Schrakamp 2316-2277.

Comme tous les rois de sa dynastie, Sargon ne nomme son père dans aucune inscription. On ne sait pas s’il est né à Akkad, ni s’il en était le roi avant de s’en emparer. La ville n’est pas sa fondation, contrairement à ce qu’affirmeront les textes postérieurs, puisqu’elle figure dans des documents antérieurs à ses conquêtes.

Une guerre est le premier acte que l’on puisse rattacher au règne. Les inscriptions recopiées à l’époque paléo-babylonienne comptent trois batailles contre Lugal-zagesi, roi installé à Uruk et maître du pays de Sumer. Uruk est prise, son rempart rasé, et le vaincu conduit à Nippur, au sanctuaire d’Enlil, le dieu qui distribue la souveraineté. Le texte dit qu’« il l’amena dans un carcan à la porte d’Enlil ». Viennent ensuite Ur, Eninmar, Lagash et Umma, dont les murailles tombent également, jusqu’à la mer Inférieure, où Sargon lave ses armes. Une proposition récente place cette victoire en 2292 av. J.-C., après dix-huit années de pouvoir au moins.

Les expéditions suivantes vont vers l’est et vers l’ouest. Quatre noms d’années seulement sont connus, tous militaires, et ils commémorent la destruction d’Arawa, celle de l’Élam, celle de Mari et une campagne au Simurrum, dans le Zagros occidental. Une inscription affirme que le dieu Dagan lui a donné le Haut Pays, avec Mari, Yarmuti et Ébla, jusqu’à la Forêt des cèdres et aux Monts d’argent. Une autre résume le règne par un chiffre, trente-quatre batailles gagnées, et ajoute que les bateaux de Meluhha, de Magan et de Dilmun ont accosté au quai d’Akkad, ce qui désigne la vallée de l’Indus, la côte d’Oman et Bahreïn. Pendant ce temps le royaume s’organise, les anciennes cités-États deviennent des provinces tenues par des gouverneurs qui conservent le titre d’ensí, et deux inscriptions précisent que Sargon a placé à ces postes des « fils d’Akkad ». Une autre mentionne 5 400 hommes qui mangent chaque jour devant lui, que l’on comprend généralement comme une troupe permanente attachée à sa personne. Les documents de son temps nomment son épouse Tashlultum et plusieurs de ses enfants, dont Enheduanna, installée grande prêtresse du dieu Nanna à Ur. Un disque de calcite de vingt-cinq centimètres de diamètre, dégagé en 1927 dans le gipar d’Ur et conservé au Penn Museum sous le numéro B16665, la représente devant un autel et porte au revers une inscription qui la dit fille de Sargon, roi du monde.

De sa mort, rien n’est attesté. Ni la date, ni le lieu, ni le tombeau.

Il faut maintenant regarder par quelles tablettes ces inscriptions nous parviennent, qui les a copiées, à quelle distance et dans quel cadre. Puis reprendre un à un les épisodes sur lesquels les spécialistes ne s’accordent pas, la destruction de Mari, la chute d’Ébla, l’histoire de l’échanson de Kish. Puis suivre ce que les rois mésopotamiens ont fait de ce nom pendant les dix-sept siècles suivants, jusqu’au jour où Nabonide fait réparer une statue cassée dans un temple de Sippar.

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