San Lorenzo el Real, septembre 1598
Le corps de Philippe II est descendu en septembre 1598 dans une voûte aménagée sous le maître-autel de la basilique de San Lorenzo el Real, à l’Escurial, auprès de Charles Quint et d’Isabelle de Portugal, dont il avait fait transférer les restes au monastère en 1573 et 1574, puis placer à cet endroit en 1587. Il n’y est plus. En mars 1654, sous son petit-fils Philippe IV, les rois et les mères de rois sont déplacés plus bas, dans la chapelle octogonale de marbre commencée en 1617 par Juan Gómez de Mora, le Panteón de los Reyes. Le fondateur d’un monastère conçu comme tombeau de sa dynastie repose ainsi dans un sarcophage qu’il n’a pas commandé, à un emplacement que son projet ne prévoyait pas.
Il est mort le 13 septembre 1598, dans ses appartements du palais adossé à la basilique.
Né à Valladolid le 21 mai 1527, date que personne ne conteste, Philippe est le fils de l’empereur Charles Quint et d’Isabelle de Portugal. En 1543, à seize ans, il reçoit la régence des royaumes espagnols pendant les absences de son père et épouse sa cousine Marie-Manuelle de Portugal, morte en 1545 quatre jours après la naissance d’un fils, Carlos. Au terme d’un voyage qui le conduit de 1548 à 1551 par l’Italie et l’Empire, Titien le peint à Augsbourg en armure, et le prince juge lui-même le tableau dans une lettre à sa tante Marie de Hongrie datée du 16 mai 1551, où il écrit que le portrait armé lui ressemble et qu’il l’aurait fait reprendre si le peintre avait eu plus de temps (notice du tableau, Museo Nacional del Prado). Fait roi de Naples en 1554, il épouse Marie Tudor à Winchester le 25 juillet de la même année et porte le titre de roi d’Angleterre jusqu’à la mort de la reine en 1558. Charles Quint lui cède les Pays-Bas à Bruxelles en octobre 1555, puis les couronnes espagnoles en janvier 1556.
La victoire de Saint-Quentin, le 10 août 1557, tombe le jour de la saint Laurent, patron du monastère fondé ensuite. La paix du Cateau-Cambrésis, en 1559, lui donne une troisième épouse, Élisabeth de Valois, fille d’Henri II de France, et il rentre la même année en Castille ; il ne quitte plus la péninsule jusqu’à sa mort. On pose le 23 avril 1563 la première pierre de l’Escurial, et la dernière le 13 septembre 1584. À Lépante, en 1571, la Sainte Ligue défait la flotte ottomane ; le Portugal lui revient en 1580, par héritage et par les armes ; les provinces révoltées des Pays-Bas le déclarent déchu en juillet 1581 ; l’expédition navale contre l’Angleterre échoue en 1588 ; l’Aragon se soulève en 1591 autour de son ancien secrétaire Antonio Pérez. Son fils Carlos, enfermé sur son ordre le 18 janvier 1568, meurt en captivité le 24 juillet, et Élisabeth en octobre. En 1570, il épouse sa nièce Anne d’Autriche, mère de l’enfant né le 14 avril 1578 qui lui succède sous le nom de Philippe III.
Il gouverne par écrit. Les conseils lui adressent des consultes auxquelles il répond en marge, de sa main, et des secrétaires comme Mateo Vázquez, attaché à sa personne à partir de 1573, trient le courrier. En 1588, il signe une instruction pour le gouvernement des archives de Simancas.
La mort elle-même est connue par des témoins de cour. Antonio Cervera de la Torre, chevalier de Calatrava, en publie dès 1599 un Testimonio auténtico y verdadero de las cosas notables que passaron en la dichosa muerte del Rey (Valence, Pedro Patricio Mey ; exemplaire de la Biblioteca Valenciana, XVI/579), et le hiéronymite José de Sigüenza clôt sur elle le livre III de la troisième partie de son Historia de la Orden de San Jerónimo, imprimée à Madrid en 1605. Les deux textes sortent du milieu qui entourait le roi. Les documents cessent ensuite de suffire. Philippe II a refusé que l’histoire de son règne soit écrite de son vivant, et la première à paraître, celle de Luis Cabrera de Córdoba, date de 1619, trente-huit ans après l’Apologie que Guillaume d’Orange avait fait imprimer contre lui. Les dates postérieures à octobre 1582 sont données dans le calendrier grégorien, adopté cette année-là en Castille.
Il faut donc reprendre ces textes un par un, chroniques de cour, récit de mort, lettres autographes conservées à Turin et billets retrouvés à New York en 2011, en regardant qui les a écrits, quand et pour qui. Viendront ensuite trois affaires sur lesquelles les historiens divergent, l’enfermement de Carlos en 1568, le meurtre de Juan de Escobedo en 1578 et l’union du Portugal en 1580, puis la fabrication de sa réputation depuis 1581 et ce que la recherche ignore encore.



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