« Assur est le créateur de l’héritier »
Le British Museum conserve plus de 30 000 tablettes et fragments d’argile sortis de Kuyunjik, la colline de la citadelle de Ninive, face à l’actuelle Mossoul, au cours de fouilles menées entre 1851 et 1932. Beaucoup se terminent par une note de propriété, le colophon, qui les attribue au palais d’un « roi du monde, roi d’Assyrie ». Ce roi s’appelle en akkadien Aššur-bāni-apli, nom qui signifie « Assur est le créateur de l’héritier » et que l’usage français savant rend par Assurbanipal ; les auteurs grecs en ont tiré Sardanapale, et le livre d’Esdras (4, 10) le désigne probablement sous le nom d’Osnappar.
Aucune source ne donne l’année de sa naissance, et aucun âge au décès ne permet de la calculer. Entre 672 et 669 av. J.-C., une lettre de sa sœur Šērūʾa-ēṭirat s’adresse à son épouse Libbāli-šarrat comme à la maîtresse de la maison du prince héritier, ce qui suppose un homme adulte et marié. Son grand-père Sennachérib a été assassiné en 681 av. J.-C. dans un complot mené par l’un de ses fils, Arda-Mulissu, et son père Assarhaddon n’a gagné le trône qu’au terme d’une guerre contre ses frères.
Le 12 du mois d’Ayyar 672 av. J.-C., Assarhaddon fait prêter à ses sujets et à ses vassaux un serment de fidélité, l’adê, en faveur de deux de ses fils. Assurbanipal reçoit la succession d’Assyrie, Šamaš-šumu-ukin celle de Babylone. On le lit dans l’édition des State Archives of Assyria (SAA 2, 6, 1988), fondée sur les tablettes retrouvées dans le temple de Nabû à Kalhu, l’actuelle Nimrud, et un autre exemplaire est sorti en 2009 d’un temple de Tell Tayinat, dans le sud de la Turquie. Le serment évoque aussi des frères plus âgés qu’Assurbanipal, ce qui fait du nouvel héritier un cadet désigné contre l’ordre des naissances.
Assarhaddon meurt en 669 av. J.-C. Sa mère Naqi’a, qui porte aussi le nom de Zakutu, impose alors à la famille royale et aux grands du royaume un second serment au profit de son petit-fils (SAA 2, 8). Assurbanipal compte sa première année de règne à partir du printemps 668. Ses armées poursuivent en Égypte la guerre contre le pharaon koushite Taharqa et pillent Thèbes vers 664-663. À l’est, elles battent le roi d’Élam Teumman sur la rivière Ulai, près de Til-Tuba, et rapportent sa tête à Ninive ; la date de cette bataille oscille entre 663 et 653 selon les auteurs, et la seconde est la plus souvent retenue.
En 652 av. J.-C., Šamaš-šumu-ukin rompt avec son frère et entraîne dans sa révolte la Babylonie, l’Élam et des tribus arabes. Babylone, assiégée, tombe à l’été 648. Le récit le plus complet de ces guerres se lit sur le prisme A, un prisme d’argile à dix faces découvert en 1854 par Hormuzd Rassam dans le Palais nord de Ninive et daté de 643 av. J.-C. (British Museum, BM 91026 ; édition dans RINAP 5/1, 2018). D’après ce texte, les dieux jettent le roi rebelle dans le feu. Babylone reçoit ensuite un roi nommé Kandalanu, dont les années se comptent à partir de 647, et l’armée assyrienne ravage l’Élam jusqu’à Suse, prise vers 646.
Une inscription que les assyriologues désignent par le sigle L4 fait dire au roi qu’il a appris dans sa jeunesse l’art du sage Adapa, c’est-à-dire l’écriture, et qu’il a regardé des signes gravés sur des pierres d’avant le Déluge (éd. J. Novotny, SAACT 10, 2014). Sous son règne, des milliers de tablettes savantes sont copiées pour les palais de Ninive ou saisies dans des collections de Babylonie, en particulier après la guerre de 652-648, et ce sont elles que les fouilleurs britanniques ont rapportées à Londres au XIXᵉ siècle.
Le dernier document daté de son règne est un contrat de Nippur de juin 631 av. J.-C. Une stèle gravée à Harran près d’un siècle plus tard lui attribue quarante-deux années de règne, ce qui conduirait à 627. Aucune inscription narrative ne couvre ses dernières années et aucun texte ne rapporte sa mort ; on ignore où il a été enseveli. Ninive est détruite par les Babyloniens et les Mèdes en 612 av. J.-C., sous le règne de son fils Sîn-šarra-iškun.
Presque tout ce qui précède vient de textes rédigés au nom du roi par ses propres scribes. Il faut maintenant prendre ces documents un à un, prismes, lettres de cour, tablettes de serment, reliefs, colophons et récits grecs, et regarder qui les a produits, à quelle date et pour quels lecteurs. Trois points disputés suivront, la collecte des tablettes, le choix de l’héritier en 672 et la date de la fin du règne, avant de suivre la fabrication de Sardanapale, de Ctésias à Delacroix, et de faire le compte de ce qu’on ignore encore.


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