« Du roi Séleucos »
Sur les tétradrachmes d’argent frappés à Suse et à Persépolis après la victoire d’Ipsos, la légende tient en deux mots grecs, ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΣΕΛΕΥΚΟΥ, « du roi Séleucos ». Un exemplaire de l’atelier de Persépolis, donné au Fitzwilliam Museum de Cambridge en 1906, porte le numéro CM.MC.9244-R. À Babylone, les scribes écrivent Siluku. Le surnom de Nikatôr, « le Vainqueur », sous lequel la postérité le range, appartient au culte que lui rendent ses descendants. Une liste de prêtres de Séleucie de Piérie, gravée entre 193 et 175 av. J.-C., mentionne un prêtre de « Séleucos Zeus Nikatôr » (OGIS 245), et c’est dans un sanctuaire appelé Nikatoreion que son fils, selon Appien, déposa ses cendres. Le surnom circulait-il déjà de son vivant ? Les documents consultés ne permettent pas de trancher.
Séleucos est le fils d’un Antiochos, noble d’Europos, en Macédoine ; le nom de sa mère, Laodikè, n’est connu que par le récit de sa conception divine que transmet Justin (XV, 4). Sa date de naissance se calcule. Appien lui donne soixante-treize ans au moment de sa mort (Syriakè, 63), ce qui mène vers 354, d’autres chiffres transmis remontent jusqu’à 358, et la fourchette ne se réduit pas. La mort, elle, se date au mois près. La liste royale babylonienne de l’époque hellénistique (British Museum, BM 35603) inscrit sous l’an 31 de l’ère séleucide, au mois d’Ulûlu, que « Séleucos, le roi, fut tué au pays des Hanéens », soit entre le 26 août et le 24 septembre 281 av. J.-C.
Il entre dans les textes en 326, sur l’Hydaspe, à la tête de l’infanterie de la garde royale, les hypaspistes (Arrien, Anabase, V, 13, 4). Deux ans plus tard, aux noces collectives de Suse, il épouse Apama, fille du chef bactrien Spitaménès (VII, 4, 6). Le règlement de Babylone, en 323, le fait chiliarque, commandant de la cavalerie des Compagnons et second personnage de l’administration impériale. En 320, il compte parmi les officiers qui tuent le régent Perdiccas en Égypte, et la conférence de Triparadeisos lui attribue ensuite la satrapie de Babylonie (Diodore, XVIII, 39, 6). Antigone le Borgne l’en chasse en 315, et il gagne l’Égypte avec une cinquantaine de cavaliers (XIX, 55). Après la victoire de Ptolémée sur Démétrios à Gaza, en 312, il remonte vers Babylone avec environ huit cents fantassins et deux cents cavaliers (XIX, 90). Une chronique cunéiforme contemporaine montre que les combats contre les troupes d’Antigone durent encore autour de la ville en 310 et en 309.
Les années suivantes se lisent surtout chez Appien (Syriakè, 55), qui le montre soumettant les provinces iraniennes puis franchissant l’Indus. Vers 305-303, un accord avec le roi indien Chandragupta, que les Grecs appellent Sandrocottos, lui procure cinq cents éléphants contre les territoires de l’Indus (Strabon, XV, 2, 9). Entre-temps, il a pris le titre royal, comme ses rivaux, et la liste de Babylone fait commencer son règne en 305/304. En 301, à Ipsos, en Phrygie, sa cavalerie et ses éléphants contribuent à la défaite et à la mort d’Antigone. Il fait ensuite construire en Syrie du Nord Antioche sur l’Oronte, Séleucie de Piérie, Apamée et Laodicée, et confie vers 292 à son fils Antiochos, avec le titre royal, le gouvernement des provinces orientales. Au début de 281, à Couroupédion, en Lydie, il bat Lysimaque, qui meurt dans la bataille. Quelques mois plus tard, il passe l’Hellespont, et Ptolémée Kéraunos, fils exilé de Ptolémée Iᵉʳ qu’il avait accueilli, le tue près de Lysimacheia.
Aucune ligne de sa main ne subsiste. Les lettres royales gravées à Milet sont des actes de chancellerie au nom de deux rois. Le récit grec continu, celui de Diodore, s’arrête en 302, et sa source regardait d’abord vers Antigone. Pour les dix années passées dans l’Est, pour l’Inde et pour les vingt dernières années du règne, on dépend de quelques pages d’Appien, écrites plus de quatre siècles après les faits.
Il faut donc prendre ces textes un à un, demander pour qui écrivait l’historien que recopie Diodore, à quelle distance travaillent Appien et Justin, et ce que les tablettes de Babylone permettent de vérifier. Viendront ensuite trois affaires sur lesquelles les spécialistes divergent, l’accord de l’Indus, le point de départ de l’ère séleucide et le mariage de Stratonice avec Antiochos, puis la façon dont un général macédonien est devenu, après Ipsos, le fils d’Apollon, et l’inventaire de ce que l’on ne sait toujours pas de lui.

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