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Biographie
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Alexandre le Grand, conquérant macédonien de l’empire perse

Antiquité20 septembre 202617 min de lecture
Jastrow / Musée du Louvre / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Le maudit des livres zoroastriens

Au premier chapitre du Livre d’Ardā Wirāz, récit en moyen-perse d’un voyage de l’âme dans l’au-delà, Alexandre apparaît sous deux étiquettes, gizistag, « le maudit », et hrōmāyīg, « le Romain ». L’Esprit mauvais l’aurait égaré pour semer le doute sur la religion de Zarathushtra, et il serait entré en Iran depuis l’Égypte en y portant la ruine. Le texte a reçu sa forme définitive aux IXᵉ et Xᵉ siècles, sur des matériaux d’époque sassanide, et la même tradition circule dans d’autres écrits du clergé perse, où on lui impute d’avoir brûlé à Istakhr les livres de la religion, mille deux cents peaux de bœuf selon la Lettre de Tansar.

Le roi que ces textes condamnent s’appelle Alexandros, fils de Philippe, troisième Alexandre de la dynastie des Argéades qui règne sur la Macédoine. Aucun texte conservé écrit de son vivant ne lui donne le titre de « Grand ». La première attestation connue de l’épithète est latine, dans la Mostellaria de Plaute (v. 775), vers 200 av. J.-C., et les littératures arabe et persane le nommeront Iskandar. Plutarque place sa naissance le 6 du mois macédonien de Loos, le jour où brûle le temple d’Artémis à Éphèse (Vie d’Alexandre, 3, 5), c’est-à-dire en 356. Cette date est une reconstitution, qui s’accorde avec l’âge que lui donne Aristobule, ingénieur de l’expédition, au jour de sa mort, trente-deux ans et huit mois (Arrien, Anabase, VII, 28, 1). Nous préférons écrire « l’été 356 » plutôt que le 20 juillet des manuels, parce que la conversion du mois macédonien en jour julien suppose, pour cette année-là, une concordance des calendriers que rien ne garantit.

Il est le fils de Philippe II, roi depuis 359, et d’Olympias, princesse molosse de l’Épire voisine. Plutarque fait d’Aristote son maître, à Mieza (Vie d’Alexandre, 7). En 338, à dix-huit ans, il commande une aile de l’armée macédonienne à Chéronée. À l’été 336, Philippe est poignardé au théâtre d’Aigai, pendant les noces de sa fille Cléopâtre avec Alexandre d’Épire, par un garde du corps nommé Pausanias ; Alexandre est reconnu roi et reprend la guerre que son père avait engagée contre l’empire perse. Il passe l’Hellespont au printemps 334 avec, d’après Arrien (I, 11, 3), un peu plus de trente mille fantassins et plus de cinq mille cavaliers. Viennent la victoire du Granique en 334, celle d’Issos en novembre 333, les sièges de Tyr et de Gaza en 332, l’Égypte et la visite à l’oracle d’Ammon dans l’oasis de Siwa, puis Gaugamela, le 1ᵉʳ octobre 331, et l’entrée à Babylone, à Suse et à Persépolis. Darius III meurt en juillet 330, tué par ses propres satrapes. Trois années de guerre en Bactriane et en Sogdiane suivent, avec le mariage de Roxane, fille d’un seigneur sogdien, puis l’entrée dans la vallée de l’Indus en 326, le refus de l’armée d’aller au-delà de l’Hyphase, le retour par le désert de Gédrosie et les noces collectives de Suse en 324.

De ces douze années, très peu d’actes sont connus par un document gravé ou écrit de son vivant. Le plus net est un bloc de marbre du temple d’Athéna Polias à Priène, en Ionie, conservé au British Museum sous le numéro 1870,0320,88, où la cité fait savoir que le roi Alexandre a consacré le temple à la déesse, après son passage de 334, en finançant l’achèvement de l’édifice.

Sa mort est attestée par des témoins qui n’écrivaient pas pour lui. Une tablette cunéiforme du British Museum, BM 45962, fragment du journal astronomique que tenaient les lettrés du temple de l’Esagil à Babylone, porte à la date du 29 du mois d’Aiaru une ligne sèche, « le roi mourut », suivie de la mention des nuages. La tablette place l’événement entre le soir du 10 juin et le soir du 11 juin 323, et Leo Depuydt a proposé en 1997 de le situer dans l’après-midi du 11. Les officiers réunis à Babylone désignent alors deux rois, son demi-frère Philippe Arrhidée et l’enfant que porte Roxane, sous la régence de Perdiccas.

Le reste vient d’ailleurs. Batailles, paroles, décisions et raisons sont connues par quatre ou cinq auteurs grecs et latins qui écrivent entre le Iᵉʳ siècle av. J.-C. et le IIᵉ siècle, et qui dépendent eux-mêmes de témoins dont les livres sont perdus.

Il faut donc prendre ces auteurs un à un, les dater par rapport au roi et chercher de qui chacun tient ce qu’il raconte, puis reprendre quatre épisodes sur lesquels ils divergent, l’assassinat de Philippe, l’incendie de Persépolis, le banquet d’Opis et la maladie de Babylone, et suivre enfin la fabrication du « Grand », des Ptolémées d’Alexandrie aux historiens du XXᵉ siècle, avant de dresser la liste de ce que la recherche ne sait toujours pas.

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