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Biographie
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Agrippine la Jeune, impératrice mère de Néron

Antiquité14 septembre 202615 min de lecture
—DerHexer (Talk) / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

La femme pour qui le Sénat a modifié le droit du mariage

Un aureus frappé à Rome à la fin de l’année 54 porte deux bustes qui se font face, celui de Néron et celui de sa mère. Sur ce côté de la pièce, la légende est la sienne, AGRIPP AVG DIVI CLAVD NERONIS CAES MATER, Agrippine Augusta, femme du divin Claude, mère de Néron César. Les catalogues le classent sous la référence RIC I², Néron, 1. Quelques mois plus tard, un second type sort du même atelier. Les deux bustes y sont juxtaposés, Néron au premier plan, et le nom de sa mère est passé au revers.

Aucun texte ancien ne commente ce déplacement.

Les inscriptions de son vivant l’appellent Iulia Agrippina, puis Iulia Augusta Agrippina après l’année 50. L’usage moderne dit Agrippine la Jeune, pour la distinguer de sa mère. Elle naît un 6 novembre dans l’agglomération des Ubiens, sur la rive gauche du Rhin, à l’emplacement de la future Cologne. Le jour est sûr, le calendrier religieux de Rome l’ayant retenu. L’année l’est beaucoup moins, et on hésite entre 15 et 16 selon l’ordre de naissance qu’on reconstitue pour les filles de Germanicus, question qu’Anthony Barrett reprend en appendice de sa biographie de 1996 sans la fermer.

Son père meurt à Antioche en octobre 19, sa mère en exil à Pandateria en 33. Le cadet de ses frères devient empereur en 37 sous le nom de Caligula.

Son premier mari est Cnaeus Domitius Ahenobarbus, consul en 32. Leur fils unique naît à Antium le 15 décembre 37 sous le nom de Lucius Domitius Ahenobarbus (Suétone, Vie de Néron, 6). Pline l’Ancien rapporte que l’enfant s’est présenté par les pieds, et il donne sa source, les mémoires d’Agrippine (Histoire naturelle, VII, 45-46). C’est le seul fait de sa vie privée qui vienne d’un texte d’elle.

En 39, son frère l’exile aux îles Pontines après l’affaire de Lépide et de Gétulicus. Claude la rappelle en 41. Son second mari, l’orateur Passienus Crispus, deux fois consul, meurt vers 47 en lui laissant sa fortune.

Le mariage de 49 demande une loi, puisque Claude est le frère de Germanicus, donc l’oncle paternel d’Agrippine, et que l’union tombe sous l’interdit de l’inceste. Le censeur Lucius Vitellius se charge du Sénat, plaide que l’usage s’adapte à l’utilité publique, et fait voter un sénatus-consulte autorisant le mariage d’un homme avec la fille de son frère. Tacite note qu’un seul chevalier romain, Alledius Severus, se prévalut ensuite de la disposition (Annales, XII, 5-7).

L’année 50 concentre presque tout. Claude adopte Domitius, qui prend le nom de Néron, et Agrippine reçoit le titre d’Augusta, qu’aucune femme d’empereur vivant n’avait porté avant elle. Une colonie de vétérans s’installe à l’endroit où elle est née et prend son nom, Colonia Claudia Ara Agrippinensium. Burrus remplace les deux préfets du prétoire en fonction, et Sénèque, rappelé de Corse, reçoit l’éducation de Néron (Annales, XII, 8, 25-27 et 42).

En 51, après la reddition du chef breton Caratacus, les prisonniers remercient l’empereur devant le camp prétorien, puis se tournent vers un second tribunal où siège Agrippine, scène que Tacite donne pour sans exemple dans l’usage ancien (Annales, XII, 37).

Claude meurt le 13 octobre 54. Néron, seize ans, est proclamé le jour même devant les cohortes prétoriennes. Les cinq années qui suivent enregistrent un retrait. Une séance du Sénat se tient au palais pour qu’elle puisse écouter derrière une tenture. Quand une ambassade arménienne est reçue, elle s’avance pour monter sur le tribunal impérial, et c’est Sénèque qui fait signe au prince de descendre au-devant de sa mère, geste filial qui empêche la scène (Annales, XIII, 5).

En mars 59, pendant les Quinquatries, Néron l’invite à Baïes. Le navire qui doit la ramener s’ouvre en mer. Le plafond de la cabine, lesté de plomb, tombe et tue Crepereius Gallus. Sa suivante Acerronia crie qu’elle est Agrippine et se fait achever à coups de rames. Agrippine se tait, nage avec une blessure à l’épaule, et gagne le lac Lucrin. La nuit même, l’affranchi Anicetus entre dans sa villa avec le triérarque Herculeius et le centurion Obaritus. Elle est brûlée avant le jour sur un lit de table. Tant que Néron régna, aucun tertre ne fut élevé sur sa tombe, et ses propres serviteurs lui donnèrent plus tard un tombeau modeste, près de la route de Misène (Annales, XIV, 5-9).

Presque tout ce qui précède vient de trois auteurs qui ne l’ont pas connue, dont le plus proche écrit cinquante ans après sa mort. Il faut maintenant les prendre un à un, regarder par quel manuscrit et par quel abrégé byzantin ils sont arrivés jusqu’ici, reprendre les quatre épisodes sur lesquels la recherche ne s’accorde pas, le mariage de 49, la mort de Claude, l’accusation d’inceste et le naufrage, et voir comment se fabrique ensuite la figure qui a tenu.

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