Le troisième fils d’Anaxandride
Hérodote affirme avoir recueilli les noms des trois cents Spartiates qui ont suivi Léonidas aux Thermopyles, et il n’en écrit pas un seul (VII, 224). Dans la même phrase, il donne ceux de deux Perses tombés au même endroit, Abrocomès et Hypéranthès, fils de Darius et de Phratagounè, fille d’Artanès. Le chiffre le plus célèbre de l’histoire grecque repose donc sur une déclaration d’enquête dont aucune liste ne subsiste.
Le nom se lit Λεωνίδης dans le texte ionien d’Hérodote, Λεωνίδας dans la forme dorienne parlée à Sparte. La numérotation « Léonidas Ier » est une commodité moderne, destinée à le distinguer du roi agiade homonyme du IIIᵉ siècle ; il n’a jamais porté de chiffre.
Aucune source ancienne ne donne sa date de naissance. La date de 540 av. J.-C. qu’on lit dans les manuels est un calcul moderne, tiré du règne d’Anaxandride II et de l’ordre des naissances qu’Hérodote rapporte en V, 41. Devant le risque d’extinction de la lignée agiade, les éphores ont contraint Anaxandride à prendre une seconde épouse sans répudier la première, ce qui donne à Sparte deux ménages royaux simultanés, situation qu’Hérodote signale comme contraire aux usages. La seconde femme met au monde Cléomène. La première, réputée stérile, accouche ensuite de Dorieus, puis de Léonidas, puis de Cléombrotos, certains ajoutant, précise Hérodote, que les deux derniers étaient jumeaux.
Il devient roi par deux disparitions. Dorieus, parti fonder une colonie en Occident, meurt en Sicile (V, 43-48). Cléomène, après une trentaine d’années de règne, périt dans des circonstances qu’Hérodote raconte longuement, enfermé par les siens et se mutilant lui-même (VI, 75). Aucune de ces deux morts n’est datée dans le texte. Les reconstitutions modernes placent celle de Cléomène entre 490 et 488, ce qui laisse à Léonidas huit à dix ans de règne. Il épouse Gorgo, fille de Cléomène, et gouverne aux côtés de l’Eurypontide Leutychidas II.
De ce règne, les sources ne rapportent rien avant 481.
À l’automne de cette année-là, les cités décidées à résister se réunissent à l’isthme de Corinthe et confient le commandement à Sparte. Au début de l’été 480, l’armée de Xerxès descend par la Thrace et la Thessalie. Le corps envoyé tenir le défilé des Thermopyles compte, selon Hérodote, trois cents Spartiates choisis parmi les hommes ayant des fils vivants, dans un total de trois mille cent Péloponnésiens (VII, 202 et 205), auxquels s’ajoutent sept cents Thespiens conduits par Démophile fils de Diadromès, quatre cents Thébains, mille Phocidiens et les Locriens d’Oponte (VII, 202-203). Sparte célébrait alors les Carneia et la Grèce les jeux olympiques, ce qu’Hérodote donne comme la raison du faible effectif.
Deux journées de combat dans l’étroit. Puis un homme de Malis, Épialtès fils d’Eurydémos, indique aux Perses le sentier de l’Anopée, qui contourne la position. Hérodote le nomme et écrit qu’il l’inscrit comme coupable, formule qu’il emploie très rarement (VII, 213-214). Hydarnès mène la colonne de contournement. Au matin du troisième jour, Léonidas renvoie la plus grande partie des contingents et garde auprès de lui les Spartiates, les Thespiens et les Thébains. Il tombe dans la mêlée finale, et les Grecs repoussent quatre fois les Perses pour lui reprendre son corps (VII, 225). Xerxès fait couper la tête et mettre le corps en croix (VII, 238). Le jour exact n’est pas donné, Hérodote repérant la saison par les fêtes, et les reconstitutions modernes hésitent entre le mois d’août et le mois de septembre.
Les Amphictyons font graver trois épigrammes sur place (VII, 228). Hérodote n’en attribue qu’une à un auteur, celle du devin Mégistias, due à Simonide fils de Léoprépès au titre de leur hospitalité réciproque. Les deux autres, dont « Passant, va dire aux Lacédémoniens », sont données sans nom. Il faut maintenant regarder qui a écrit les récits dont tout dépend, à quelle distance et pour quel public, pourquoi la version transmise par Diodore déplace la mort des Spartiates dans le camp de Xerxès, quel statut la recherche accorde à l’oracle que Sparte produit, et à quelle date apparaissent les ossements, les discours annuels et la stèle des noms que décrit Pausanias.





