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Lalibela, roi zagwé des églises rupestres

Moyen Âge4 novembre 202614 min de lecture
Bernard Gagnon / Wikimedia Commons
14 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un roi que les chroniqueurs du Caire appelaient Lalibana

Dans le récit que l’Histoire des patriarches d’Alexandrie consacre aux ambassades éthiopiennes reçues au Caire sous le patriarche copte Jean VI (1189-1216), le roi d’Éthiopie se nomme Lalibana, fils de Shenouda, et le chroniqueur égyptien ajoute que ce nom signifierait lion. La tradition éthiopienne en donne une autre étymologie, tirée de l’agaw, la langue couchitique de sa région d’origine, et la rattache à un essaim d’abeilles qui se serait posé sur l’enfant. Dans les actes de donation passés en son nom, le roi s’appelle lui-même Lalibela, ajoute son nom de règne, Gabra Masqal, « serviteur de la Croix », puis une généalogie qui le dit fils de Morara et petit-fils de Zan Seyum, selon la traduction qu’en a donnée l’historienne Marie-Laure Derat. Plus tard, la tradition éthiopienne en fera le fils de Jan Seyum et le frère cadet de son prédécesseur Harbe, ce qui donne au même homme trois pères selon que l’on suit un acte de son règne, une chronique copte de son temps ou la tradition postérieure.

La forme Lalibela, sans signes diacritiques, est retenue ici pour le roi comme pour le site, parce que c’est celle que le lecteur rencontre sur les cartes et sur la liste du patrimoine mondial.

On ignore l’année de sa naissance, et celles qui circulent dans les notices ne s’appuient sur aucun document du XIIᵉ ou du XIIIᵉ siècle. Sa mort n’est datée par aucun texte. Deux années seulement sont sûres, celles de donations où il agit en roi, 1204 (1205 chez certains auteurs) et 1225, et François-Xavier Fauvelle encadre d’ailleurs le règne de deux points d’interrogation, l’un avant 1204, l’autre après 1225. L’ambassade envoyée au Caire, vers 1210, tombe entre ces deux bornes.

Sa famille vient du Lasta, région montagneuse située au sud du Tigré, et plus précisément du Bugna, district dont les dignitaires du royaume sont appelés les « grands du Bugna ». Le récit copte place sa résidence à Adfa. Selon Derat, quelques indices montrent que ces rois parlaient l’agaw, et leur Église dépend, comme celle d’Aksum avant eux, du patriarcat copte d’Alexandrie, qui consacre et envoie le métropolite. Le royaume lui-même n’avait pas de nom dans l’historiographie avant que Derat, dans un livre de 2018, propose de l’appeler d’après le Begʷenā, forme ancienne de Bugna, en ramenant la durée de la dynastie à deux siècles environ.

Il prend le pouvoir du vivant de Harbe, dans des circonstances qu’aucune source ne décrit. De son règne subsistent trois donations de terres. Deux sont copiées sur les feuillets restés blancs de l’Évangéliaire d’or du monastère de Dabra Libānos, à Ham, dans l’actuelle Érythrée, et Carlo Conti Rossini les a publiées en 1901 sous les numéros 6 et 7 (« L’Evangelo d’oro di Dabra Libânos », Rendiconti della Reale Accademia dei Lincei, ser. 5, vol. 10). La troisième est inscrite dans l’évangéliaire de l’église du Sauveur-du-Monde, Bēta Madḫānē ʿĀlam, à Lalibela même. Vers 1210, il fait porter au Caire une lettre et des présents pour obtenir du patriarche un nouveau métropolite, et c’est al-Malik al-Kamil, fils du sultan, qui presse le patriarche de consacrer sans délai un métropolite pour l’Éthiopie en écartant un certain Kil, d’après le texte traduit par Antoine Khater et Oswald Burmester (History of the Patriarchs of the Egyptian Church, vol. III, 2ᵉ partie, Le Caire, 1970). Le même récit lui donne une épouse, Masqal Gabra, que la tradition éthiopienne appelle Masqal Kebra, et deux fils, Yetbarak l’aîné et Atyab le cadet.

Son nom reste attaché aux églises taillées sous le niveau du sol dans une roche rouge, à 2 500 mètres d’altitude, sur le site de Roha que la ville rebaptisée d’après lui entoure aujourd’hui, et que l’UNESCO a inscrites en 1978 sur la liste du patrimoine mondial, premier site éthiopien à l’être. Selon la tradition, le roi repose dans l’église du Golgotha, et au début du XVIᵉ siècle le chapelain portugais Francisco Álvares y voit des fidèles assemblés autour des tombeaux royaux. Aucun texte du règne, en revanche, ne dit qui a creusé ces églises ni en combien de temps.

Il faut donc reprendre ces témoins un à un, les trois donations, le récit copte, la Vie rédigée deux siècles après la mort et le voyageur portugais, dire qui les a produits et à quelle distance du règne, puis examiner ce que vingt ans d’archéologie ont retiré au roi et ce que son culte lui a ajouté depuis le XVᵉ siècle.

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