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Biographie
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François Ier, roi de Marignan et de Chambord

Époque moderne14 septembre 202615 min de lecture
Jean Clouet / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Cinq mille lettres pour trente-deux ans de règne

Quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix lettres missives de François Ier ont été retrouvées, transcrites et mises en ligne en janvier 2025 par l’historien britannique David Potter. Cela fait cent cinquante-quatre lettres par an sur la durée du règne. Potter estime que le secrétariat royal en a expédié quatre à six fois plus et que le taux de conservation ne dépasse pas quinze à vingt pour cent. Rien d’étonnant. La France de ce temps ne possède pas de dépôt d’archives d’État comparable à celui que Charles Quint installe à Simancas en 1540, et les papiers du gouvernement restent dans les coffres privés des conseillers, d’où ils passent aux héritiers, aux collectionneurs et aux ventes publiques.

La date de naissance ne vient, elle, que d’un seul texte. Le Journal de Louise de Savoie, mère du roi, donne le jour, le lieu et l’heure, à Cognac, le 12 septembre 1494. Or cet original a disparu. Sous la cote ms. 3435, à la Bibliothèque de l’Arsenal, la copie manuscrite la plus ancienne compte trente-six feuillets, et le texte n’a été imprimé qu’en 1660 par le généalogiste savoyard Samuel Guichenon. Le Journal a été rédigé plusieurs années après les faits, ce que sa propre notice de naissance trahit, puisqu’elle appelle déjà roi de France un nourrisson de 1494. La date est probablement exacte. Elle repose sur un témoignage unique, rétrospectif et intéressé, dont le manuscrit d’origine n’a jamais été retrouvé.

Charles d’Orléans, comte d’Angoulême, meurt en 1496 et laisse un fils de deux ans dans une branche cadette sans fortune. Tout se déplace parce que Louis XII n’a pas de garçon. Héritier présomptif dès 1498, le jeune comte est élevé à Amboise sous la garde de sa mère, installé ensuite à Blois, marié en mai 1514 à Claude de France, fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, et couronné à Reims le 25 janvier 1515.

Neuf mois plus tard, les 13 et 14 septembre 1515, l’armée royale affronte au sud de Milan les fantassins suisses au service du duc Maximilien Sforza. La victoire ouvre le duché de Milan, conduit le pape Léon X à traiter dès octobre, puis à conclure en 1516 le concordat de Bologne, qui remet au roi la nomination aux évêchés de son royaume et le consacre chef de l’Église gallicane. Une paix perpétuelle est signée avec les cantons suisses l’année suivante, à Fribourg, et elle tiendra jusqu’à la Révolution française.

L’échec vient ensuite. En juin 1519, les sept électeurs de l’Empire écartent le roi de France et choisissent Charles de Habsbourg ; les lettres de cette campagne, souvent conservées à l’état de minutes, forment aujourd’hui la liasse J 952 du Trésor des chartes, aux Archives nationales. Le 24 février 1525, devant Pavie, l’armée française est détruite et le roi pris les armes à la main. Il passe un an en captivité, signe le 14 janvier 1526 un traité qu’il répudie sitôt libre, et laisse deux de ses fils en otages en Espagne jusqu’en 1530.

Entre-temps, le 6 septembre 1519, une commission donnée à François de Pontbriand ouvre le chantier de Chambord. Le roi bâtit beaucoup et paie cher. Le 13 juin 1518, à Angers, plus de 2 600 livres avaient été provisionnées au nom de Salaï, serviteur de Léonard de Vinci, pour des tableaux livrés au roi, d’après un acte conservé aux Archives nationales sous la cote J 910. Léonard, arrivé à Amboise le 29 octobre 1516, meurt au Cloux le 2 mai 1519, quatre mois avant l’ouverture du chantier chambourdin. Vingt ans plus tard, en août 1539, au château de Villers-Cotterêts, le roi signe une ordonnance de cent quatre-vingt-douze articles sur le fait de la justice, enregistrée au Parlement de Paris le 6 septembre. Les articles 110 et 111 exigent que les actes soient « prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement ».

La fin du règne est documentée jour par jour, en langage chiffré, par un ennemi. Jean de Saint-Mauris, ambassadeur de Charles Quint, suit depuis février 1547 l’aggravation d’un abcès ouvert au périnée. Le 12 mars, il écrit au cardinal de Granvelle que les médecins désespèrent. À Rambouillet, le 31 mars, après une fièvre de trente jours, le roi meurt. Le corps est ouvert le lendemain, et le rapport d’ouverture part pour Vienne six jours plus tard par courrier spécial.

Tout ce qui précède repose sur trois ensembles de nature très différente, un journal familial recopié au XVIIᵉ siècle, une correspondance royale conservée à un sixième, et des dépêches écrites par l’adversaire. Il faut maintenant les prendre un à un, regarder qui les a écrits et pour qui, voir ce que les comptes de chantier portent quand on les lit sans eux, puis reprendre les quatre épisodes sur lesquels la recherche des quarante dernières années ne s’accorde toujours pas.

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