Un roi que ses contemporains écrivaient Hlodoueo
Aucun texte rédigé de son vivant ne porte le nom de Clovis. L’évêque Remi de Reims, en tête d’une lettre qu’il lui adresse, écrit Hlodoueo, au datif. Grégoire de Tours, deux générations plus tard, fixe la forme Chlodovechus, que les philologues ramènent à un nom franc reconstitué, Hlodowig, que personne n’a jamais vu écrit. Le même nom a donné par une autre voie Louis, et le numéro qui fait de lui Clovis Ier est une convention d’historiens, devenue nécessaire lorsqu’un fils de Dagobert a porté le même nom au VIIᵉ siècle.
L’année de la mort, 511, se déduit de deux indications qui se recoupent. En juillet 511, les évêques réunis à Orléans écrivent à un roi vivant, et Grégoire de Tours note qu’il mourut à Paris la cinquième année après la bataille de Vouillé (Decem libri historiarum, II, 43, éd. B. Krusch et W. Levison, MGH, SRM I/1, Hanovre, 1951, p. 93). Le jour du 27 novembre, repris partout, vient de calendriers et de missels plus tardifs de Sainte-Geneviève, et non de Grégoire. La naissance vers 466 est un calcul. Au même chapitre, Grégoire lui donne trente ans de règne et quarante-cinq ans d’âge, et l’édition de référence imprime cette dernière indication entre crochets, de sorte qu’elle ne peut pas porter seule une date de naissance.
Son père, Childéric, est un roi franc dont la tombe a été retrouvée à Tournai, près de l’église Saint-Brice, en 1653. L’anneau sigillaire en or qui permit de l’identifier portait l’inscription CHILDIRICI REGIS et le buste d’un chef aux cheveux longs, vêtu de la cuirasse et du manteau des officiers romains. Volé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque royale le 5 novembre 1831, il n’est plus connu que par des empreintes et par un fac-similé que conserve la Bibliothèque nationale de France (inv. 56 460). Sa mère, Basine, est selon Grégoire une reine venue de Thuringe après avoir quitté son mari (II, 12). Clovis succède à Childéric en 481 ou 482.
Grégoire donne la suite dans un ordre qui est le sien. La cinquième année du règne, soit 486 si l’on compte à partir de 481, Clovis bat près de Soissons Syagrius, fils du général Aegidius, que Grégoire appelle roi des Romains (II, 27). Il épouse ensuite Clotilde, princesse burgonde de confession catholique (II, 28). Au cours d’une guerre contre les Alamans, il promet, selon Grégoire, de se faire chrétien si le dieu de sa femme lui donne la victoire (II, 30), et l’évêque Remi le baptise à Reims avec plus de trois mille hommes de son armée (II, 31). En 507, à Vouillé, près de Poitiers, il bat les Wisigoths de Toulouse, dont le roi Alaric II est tué (II, 37). L’année suivante, à Tours, il reçoit de l’empereur Anastase des codicilles de consulat, revêt dans la basilique Saint-Martin la tunique de pourpre et la chlamyde, puis jette de l’or et de l’argent à la foule entre la porte de la ville et l’église cathédrale (II, 38). Il fixe ensuite à Paris le siège de son royaume, élimine les autres rois francs, Sigebert de Cologne, Chararic, Ragnacaire et les frères de ce dernier (II, 40-42), convoque les évêques à Orléans et meurt. Il est enseveli dans l’église des Saints-Apôtres, qu’il avait fait bâtir avec Clotilde.
Presque tout ce qui précède vient d’un seul auteur, évêque de Tours de 573 à 594. Du vivant du roi, on ne dispose que de quelques textes. Il y a deux lettres de Remi, une lettre d’Avit, évêque de Vienne dans le royaume burgonde, qui le félicite de son baptême sans en donner la date (Epistula 46, éd. R. Peiper, MGH, AA VI/2, Berlin, 1883), une lettre écrite en son nom aux évêques après la guerre contre les Goths, et les actes du concile d’Orléans. Aucun ne dit en quelle année il a été baptisé, ni où il est né, ni de quoi il est mort.
Il faut maintenant prendre ces textes un à un, dire qui les a écrits, à quelle distance des faits et par quels manuscrits ils ont été transmis, puis rouvrir quatre épisodes que la recherche des quarante dernières années a déplacés, le baptême, la cérémonie de Tours, la lettre de Remi et la loi salique, avant de suivre la fabrication du Clovis de Reims et de Saint-Denis et de mesurer ce qu’aucune source ne permet de savoir.




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