Trente-cinq ans d’actes signés, de Luçon au Roussillon
Aucun acte ne donne la date de naissance de Richelieu. Le registre de Saint-Eustache où son baptême avait été porté a disparu, et le 9 septembre 1585 vient d’une tradition que les biographes reprennent depuis le XIXᵉ siècle. Michel de Pure, qui publie en 1656 un récit de jeunesse nourri par la maison du Plessis, se contente du mois. Le baptême, lui, est placé au 5 mai 1586, huit mois après la naissance, l’enfant ayant été ondoyé d’urgence parce qu’on le croyait perdu.
La date la plus citée de cette vie est donc un calcul.
Son père, François du Plessis, grand prévôt de France sous Henri III puis sous Henri IV, meurt en juin 1590 et laisse la maison endettée. Depuis 1584, la famille tient l’évêché de Luçon, en Bas-Poitou, comme une ressource à conserver. Quand Alphonse-Louis du Plessis refuse le siège et entre chez les chartreux, le cadet le prend. Henri IV le nomme en décembre 1606, et il est sacré à Rome le 17 avril 1607 par le cardinal de Givry. Il n’a pas l’âge canonique de vingt-trois ans. Le bref de Paul V daté du 19 décembre 1606 le dit pourtant « constitué dans sa vingt-troisième année seulement », formule qui a nourri deux siècles de discussion.
Il gagne son diocèse en décembre 1608, y applique les décrets du concile de Trente, y installe oratoriens et capucins. Élu aux états généraux de 1614 par le clergé du Poitou, il porte la harangue de son ordre à la séance de clôture, en février 1615. Marie de Médicis le fait aumônier d’Anne d’Autriche, puis secrétaire d’État aux affaires étrangères et à la guerre en novembre 1616. L’assassinat de Concini, en avril 1617, le renvoie à son évêché, puis en exil à Avignon. Il revient par la reine mère, négocie ses accommodements successifs avec son fils, reçoit le chapeau de cardinal en septembre 1622 et entre au Conseil du roi en avril 1624. En août, il en prend la tête.
Les actes qui suivent sont datés par des documents extérieurs à lui, ce qui n’est pas le cas de tout ce qu’on lui attribue. Le siège de La Rochelle, dernière place de sûreté protestante, commence le 10 septembre 1627 et s’achève par une capitulation sans condition le 28 octobre 1628 ; la ville a perdu la plus grande part de sa population et tous ses privilèges politiques. En juin 1629, la paix d’Alès retire aux réformés leurs places fortes en leur laissant l’exercice du culte. En novembre 1630, une crise de cour tourne à l’avantage du cardinal et écarte définitivement Marie de Médicis. En 1632, le maréchal-duc de Montmorency, gouverneur de Languedoc pris les armes à la main, est décapité à Toulouse. En janvier 1635, des lettres patentes signées de Louis XIII érigent en corps une assemblée de gens de lettres qui se réunissait chez Valentin Conrart, fixent son effectif à quarante et nomment le cardinal son chef et protecteur ; le parchemin scellé est conservé aux Archives de l’Académie française sous la cote A 1, et le Parlement de Paris n’enregistra ces lettres que le 10 juillet 1637. En mai de la même année, la France déclare la guerre à l’Espagne et entre ouvertement dans un conflit où elle finançait déjà des alliés.
La dernière conjuration contre lui est démantelée en juin 1642, quand lui parvient la copie d’un traité signé avec l’Espagne par le grand écuyer Cinq-Mars et le duc de Bouillon. Une commission extraordinaire présidée par le chancelier Séguier juge les accusés à Lyon ; Cinq-Mars et François-Auguste de Thou sont exécutés place des Terreaux le 12 septembre. Le cardinal remonte le Rhône en litière, malade. Il meurt à Paris le 4 décembre 1642, à cinquante-sept ans, dans le palais qu’il avait fait bâtir face au Louvre. L’inventaire de ses biens révèle une fortune que les historiens situent autour d’une vingtaine de millions de livres, adossée à quinze abbayes en commende, à trois ensembles fonciers et à des charges de gouvernement.
Tout ce qui précède se laisse dater. Le reste, c’est-à-dire le récit de ce que ces actes voulaient dire, vient pour l’essentiel de textes fabriqués par son propre cabinet ou publiés après lui. Il faut maintenant regarder qui tenait la plume dans ce cabinet, ce que valent les Mémoires et le Testament politique qu’on met sous son nom, sur quels épisodes la recherche des quarante dernières années a changé d’avis, et ce que le dépôt de cinq cents volumes conservé aux Archives diplomatiques permet et ne permet pas de savoir.




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