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Biographie
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Omar, deuxième calife et organisateur des conquêtes

Moyen Âge18 septembre 202615 min de lecture
Sun'i / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Al-Faruq, un surnom expliqué deux fois

Dans la partie de ses annales consacrée au deuxième calife, Tabari, mort à Bagdad en 923, place côte à côte deux rapports sur l’origine du surnom al-Faruq, « celui qui sépare » le vrai du faux. Selon le premier, Muhammad le lui a donné. Selon le second, ce sont les « gens du Livre », juifs et chrétiens, qui l’ont appelé ainsi les premiers (Tabari, Tarikh al-rusul wa-l-muluk, trad. G. Rex Smith, The History of al-Tabari, vol. XIV, 1994). Tabari ne tranche pas. Aucun écrit du vivant d’Omar ne porte ce surnom, et les titres que la tradition lui prête en propre sont d’une autre nature, administrative et presque encombrante, puisqu’il aurait d’abord été « successeur du successeur de l’envoyé de Dieu » avant d’adopter la formule amir al-muminin, « commandeur des croyants », que ses successeurs conservent.

Son nom arabe est Umar ibn al-Khattab, sa kunya Abu Hafs.

La forme française Omar est retenue ici, et on la préfère à la transcription savante parce que c’est celle sous laquelle le lecteur francophone l’a toujours rencontré, dans les dictionnaires comme dans les récits de voyage. Le chiffre Iᵉʳ, qu’on ajoute parfois, sert seulement à le distinguer d’Omar II, calife omeyyade (r. 717-720), et la confusion entre les deux hommes n’est pas une coquetterie, puisqu’elle a pesé sur l’histoire du pacte qui porte ce nom. Il appartient au clan des Banu Adi, un lignage de moyenne importance de la tribu de Quraysh, qui domine La Mecque.

Sa date de naissance est un calcul, et un calcul fragile. Tabari réunit des rapports qui lui donnent, au moment de sa mort, cinquante-trois, cinquante-cinq, soixante, soixante et un ou soixante-trois ans. La fourchette qui en résulte couvre une dizaine d’années, entre 581 et 591 environ. Le chiffre de soixante-trois ans mérite une méfiance particulière, parce que la tradition le donne aussi pour Muhammad et pour Abu Bakr. On sait qu’il rejoint le groupe des premiers fidèles avant l’émigration à Médine de 622, sans pouvoir dater l’événement avec précision, et que sa fille Hafsa entre dans la maison du Prophète.

En juin 632, Muhammad meurt. Omar se range derrière Abu Bakr, qui reçoit l’allégeance de la communauté, puis lui succède à l’été 634 sur désignation de celui-ci, selon la tradition. Pendant dix ans, les armées parties de Médine battent les troupes de Constantinople en Syrie et celles des Sassanides en Irak, entrent en Égypte, puis poussent vers le plateau iranien après la bataille de Nihavand, que Tabari place en l’an 21 de l’hégire (641-642). On fonde Koufa et Bassora. Les récits attribuent au calife un registre des pensions, le diwan, et l’adoption d’une ère comptée depuis l’émigration de 622.

Sur ce dernier point, un papyrus fournit un appui daté. Le document conservé à Vienne sous le nom de PERF 558, reçu bilingue grec et arabe, porte la date du mois de joumada I de l’an 22, soit le 25 avril 643, et l’équivalent dans le calendrier copte (Österreichische Nationalbibliothek, collection Erzherzog Rainer). Un émir nommé Abdallah y reconnaît avoir pris soixante-cinq moutons à Héracléopolis pour ses hommes. L’ère de l’hégire est donc en usage dans l’administration de l’Égypte conquise pendant le gouvernement d’Omar.

En novembre 644, Abu Lulua, esclave persan d’al-Mughira ibn Shuba, le frappe d’un poignard à deux lames dans la mosquée de Médine, au moment de la prière de l’aube. La date traditionnelle est le mercredi 26 dhu l-hijja 23. Les récits divergent sur presque tout le reste, la mort immédiate ou trois jours plus tard, le suicide ou l’exécution du meurtrier, sa religion, son grief (Ibn Saad, Kitab al-tabaqat al-kabir, t. III, éd. E. Sachau, Leyde, 1904 ; Tabari, éd. de Leyde, série I, p. 2722-2724). La tradition le fait inhumer à Médine auprès de Muhammad et d’Abu Bakr. Un conseil de Compagnons qu’il a désigné retient Othman ibn Affan pour lui succéder. Les dates données ici suivent le calendrier julien.

Aucune ligne de sa main n’a été conservée. Les lettres qu’on lui attribue, les sermons, les jugements et les anecdotes sur ses rondes de nuit viennent de compilations rédigées à Bagdad entre le milieu du IXᵉ et le début du Xᵉ siècle, qui s’appuient sur des transmetteurs du VIIIᵉ siècle.

Il faut donc prendre ces textes un à un, mesurer leur distance aux faits et les confronter aux quelques documents datés, puis examiner trois actes que la recherche discute, la visite de Jérusalem et le pacte qui porte son nom, le registre des pensions, le sens du surnom al-Faruq, avant de suivre la réputation du calife jusqu’au sanctuaire de son meurtrier à Kashan.

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