Un roi dont aucun contemporain n’a écrit la vie
Aucun texte rédigé de son vivant ne l’appelle Capet. Les actes portent Hugo, les chroniques dux Francorum puis rex Francorum, et son entourage n’emploie rien d’autre. Le surnom apparaît ailleurs, et pour quelqu’un d’autre. Vers 1030, le moine limousin Adémar de Chabannes applique la chape au père du roi, Hugues le Grand ; Ferdinand Lot l’a montré dans un appendice de ses Études de 1903, et l’observation n’a pas été contestée depuis.
La date de naissance n’est donnée par aucune source. On la place vers 939-941 par déduction, et la fourchette tient. La date de mort, elle, est écrite quelque part. Richer de Saint-Remi la porte dans les brèves notes annalistiques qui ferment son manuscrit, au neuvième jour des calendes de novembre, soit le 24 octobre 996.
Le milieu est celui de la première famille laïque du royaume. Hugues le Grand, duc des Francs, meurt le 16 juin 956 à Dourdan en laissant trois fils mineurs. Leur mère Hedwige est fille du roi de Germanie Henri Iᵉʳ, ce qui fait de l’aîné le neveu de l’empereur Otton Iᵉʳ et de Brunon, archevêque de Cologne, à qui les sources donnent la tutelle. Du côté paternel, la famille compte déjà deux rois, Eudes, mort en 898, et Robert Iᵉʳ, tué en 923. Vers 968, Hugues épouse Adélaïde, fille de Guillaume Tête d’Étoupe, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine. L’abbaye Saint-Martin de Tours, où l’on conserve la chape du saint, est dans la main de la famille depuis le IXᵉ siècle.
Duc des Francs vers 960, comte de Paris et d’Orléans, abbé laïc de plusieurs grandes maisons monastiques.
Le 21 ou le 22 mai 987, Louis V meurt d’une chute de cheval en forêt de Senlis, sans fils. Les grands sont déjà réunis à Compiègne, pour juger l’archevêque de Reims Adalbéron que le roi accusait de trahison. Hugues préside, le prélat est acquitté, et l’assemblée se transporte à Senlis. Richer y fait prononcer à Adalbéron un long discours contre le droit héréditaire. Charles de Basse-Lorraine, oncle du roi défunt et seul carolingien disponible, est écarté, et le sacre suit dans les semaines qui viennent.
Le deuxième acte est le plus lourd de conséquences, et c’est le plus discret. À la Noël 987, dans la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, Robert, âgé d’une quinzaine d’années, est couronné et sacré du vivant de son père. Richer prête à Adalbéron l’objection qu’on ne fait pas deux rois la même année. Le procédé sera repris par chaque roi jusqu’à Philippe Auguste, et il change la nature de la succession sans qu’aucun texte l’ait décrété.
Charles de Basse-Lorraine ne s’incline pas. En mai 988, il prend Laon, ville royale et siège épiscopal, que deux sièges ne reprennent pas. Adalbéron de Reims meurt en janvier 989. Hugues fait alors installer sur le siège rémois Arnoul, fils illégitime du roi Lothaire, lequel livre la ville à son oncle Charles l’année suivante. Dans la nuit du Jeudi saint 991, l’évêque de Laon Adalbéron, appelé Ascelin pour le distinguer de son homonyme, ouvre la place aux troupes royales. Charles, sa femme et Arnoul sont conduits à Orléans et enfermés. Charles y meurt en captivité, à une date que les sources ne fixent pas, et son fils Otton lui succède comme duc de Basse-Lorraine.
En juin 991, un concile réuni à l’abbaye Saint-Basle, à Verzy près de Reims, dépose Arnoul. Abbon de Fleury objecte que seul le pape peut juger un archevêque, l’assemblée passe outre et donne le siège à Gerbert d’Aurillac. Le pape Jean XV refuse la procédure, les évêques de Francie la confirment à Chelles pendant l’hiver 993-994, et l’affaire n’est réglée qu’après la mort du roi.
Richer écrit que le roi, le corps couvert de pustules, s’est éteint dans son château nommé Judeis. Le corps est porté à Saint-Denis et déposé devant l’autel de la Sainte-Trinité, près de celui du roi Eudes. Robert, sacré neuf ans plus tôt, règne seul sans qu’une assemblée ait été réunie.
Sur le reste, les documents manquent. Son sceau n’est connu que par des empreintes et des dessins anciens, la matrice ayant disparu depuis longtemps. Aucun acte de sa main n’est conservé, et les lettres qui parlent en son nom sortent de la plume de Gerbert d’Aurillac.
Il faut donc remonter à ce qui porte tout cela. Qui a écrit à Reims, quand, pour quel destinataire, et ce qu’un manuscrit unique permet de conclure. Puis reprendre trois points sur lesquels la recherche ne s’accorde pas, le lieu et la date du sacre de 987, celui du couronnement de Robert, et l’endroit où le roi est mort, qui a fait l’objet d’un contresens tenu pendant un siècle. Enfin suivre la fabrication d’une figure, depuis un sobriquet appliqué au père jusqu’au boucher de Paris que Dante donne pour ancêtre aux rois de France.





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