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Biographie
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Julien, empereur de la restauration des cultes païens

Antiquité10 octobre 202617 min de lecture
Moose1983 / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Flavius Claudius Julianus, Auguste à Paris en 360

Le premier portrait complet de Julien est l’œuvre d’un ennemi. Dans deux longs discours rédigés après la mort de l’empereur et jamais prononcés, Grégoire, prêtre de Nazianze en Cappadoce, le montre en persécuteur que Dieu a frappé : un chantier du Temple de Jérusalem interrompu par un tourbillon, un séisme et des flammes, une croix apparue dans le ciel, une expédition perse achevée par une blessure mortelle, enfin un convoi funèbre escorté de mimes et de quolibets jusqu’à Tarse (Grégoire de Nazianze, Discours 5, 1-18, éd. J. Bernardi, Sources chrétiennes 309, 1983). Le surnom d’Apostat, parabatès en grec, s’installe dans cette littérature, et le Livre des cérémonies compilé à Constantinople au Xᵉ siècle l’emploie encore pour désigner son sarcophage.

Son nom officiel est Flavius Claudius Iulianus. Il naît à Constantinople en 331 ou en 332 ; l’année se déduit de l’âge que lui donne Ammien Marcellin au moment de sa mort, dans sa trente-deuxième année (Res gestae, XXV, 3, 23), et le mois reste discuté. Son père, Julius Constantius, est un demi-frère de Constantin, et sa mère, Basilina, meurt quelques mois après sa naissance. À l’été 337, après la mort de Constantin, les soldats de Constantinople massacrent la plupart des parents mâles de la branche collatérale, dont son père ; dans sa Lettre aux Athéniens, écrite en 361, Julien en accuse Constance II. Seuls survivent Julien et son demi-frère Gallus. Les deux garçons passent ensuite six ans au domaine impérial de Macellum, en Cappadoce, sous la tutelle de ce même cousin, puis Julien suit à Pergame et à Éphèse l’enseignement de philosophes néoplatoniciens. Dans une lettre de 362, il fait remonter à l’année 351 son retour aux cultes ancestraux (Julien, Lettre 111 Bidez, 435 a), après vingt ans passés, écrit-il, dans la voie des chrétiens.

Le 6 novembre 355, à Milan, Constance le fait César, lui donne sa sœur Hélène pour épouse et l’envoie en Gaule, où Ammien, alors protector domesticus dans l’état-major du général Ursicin, le rencontre en 356-357. La victoire remportée sur les Alamans près de Strasbourg, en août 357, occupe chez l’historien un chapitre entier (XVI, 12). Au début de 360, à Paris, les troupes que Constance rappelle en Orient refusent de partir et proclament Julien Auguste (XX, 4). La guerre civile n’a pas lieu. Constance meurt de fièvre en Cilicie le 3 novembre 361, et Julien entre seul à Constantinople le 11 décembre suivant.

Son règne seul dure vingt mois. Il rouvre les temples et rétablit les sacrifices publics. Il rappelle aussi les évêques exilés sous Constance, ce qu’Ammien interprète comme un calcul visant à diviser les chrétiens (XXII, 5, 3-4). Le 17 juin 362, une loi soumet la nomination des maîtres d’école à un décret du conseil de chaque cité, puis à l’approbation impériale (Code théodosien, XIII, 3, 5) ; un rescrit qui l’accompagne écarte de l’enseignement les professeurs chrétiens qui expliquent Homère ou Hésiode en tenant leurs dieux pour faux. De juillet 362 à mars 363, la cour réside à Antioche, où les heurts avec la population sont constants, et Julien répond aux moqueries des habitants par une satire dirigée contre lui-même, le Misopogon, « l’ennemi de la barbe ». En 363, il fait entreprendre la reconstruction du Temple de Jérusalem, puis il entre en territoire perse.

Après une marche jusqu’aux abords de Ctésiphon, l’armée bat en retraite le long du Tigre. Le 26 juin 363, au cours d’un accrochage avec les Perses, une lance de cavalier lui effleure le bras et se fiche dans le foie, sans que personne ait vu d’où elle venait, selon Ammien qui servait dans l’expédition (XXV, 3, 6). Il meurt dans la nuit. Le lendemain, que l’historien date du cinquième jour avant les calendes de juillet, les officiers se réunissent pour lui donner un successeur et désignent Jovien (XXV, 5, 1). Son parent Procope conduit le corps jusqu’à un faubourg de Tarse, en Cilicie, où il est enseveli sans apparat, conformément, dit Ammien, à ce qu’il avait prescrit (XXV, 9, 12).

Presque tout ce qui précède repose sur des témoins qui écrivent après sa mort, et dont aucun n’est neutre. Les lettres et les discours de Julien donnent sa voix, mais ils ont été triés, recopiés et numérotés par d’autres ; Ammien l’admire et lui reproche pourtant sa loi sur les maîtres ; Libanios le pleure, Grégoire le maudit. Il faut maintenant prendre ces témoins un à un, avec leurs dates et leurs manuscrits, reprendre trois épisodes que la recherche ne lit pas de la même façon, la loi du 17 juin 362, le chantier de Jérusalem et la lance du 26 juin, puis suivre le corps de Tarse jusqu’à la cour d’un musée d’Istanbul.

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