Cent onze volumes de lettres reçues
Cent onze volumes reliés, numérotés de 101 à 176 bis dans la série des Mélanges Colbert du département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, rassemblent la correspondance que Jean-Baptiste Colbert a reçue pendant son ministère. Ils sont entrés à la Bibliothèque royale en septembre 1732 avec le reste de ses manuscrits, cédés au roi par un descendant, Charles-Éléonor Colbert, comte de Seignelay. En regard se placent les lettres qu’il a écrites ou fait écrire, publiées par Pierre Clément sous le titre Lettres, instructions et mémoires de Colbert (Paris, Imprimerie impériale, 1861-1882), sept tomes répartis en dix volumes, dont le premier couvre les années 1650 à 1661 et dont la table finale a été dressée par Pierre de Brotonne après la mort de l’éditeur en 1870.
Le nom demande une précaution. Sous Louis XIV, trois hommes portant les prénoms et le nom de Jean-Baptiste Colbert exercent de hautes charges, le ministre, son fils le marquis de Seignelay (1651-1690) et son neveu le marquis de Torcy (1665-1746), sans compter un cousin plus âgé, Jean-Baptiste Colbert de Saint-Pouange, premier commis au secrétariat d’État de la Guerre. Colbert, sans prénom, désigne ici le seul ministre. La date de naissance, le 29 août 1619 à Reims, est celle que donne toute la tradition savante, mais elle n’a pas été relue sur le registre paroissial pour cet article, et l’on ne peut pas dire avec certitude si elle désigne la naissance ou le baptême. Le père, Nicolas Colbert, sort d’un milieu rémois de marchands de laines et de serges, de changeurs et de fermiers d’impôts, et s’installe à Paris dans les années qui suivent 1629.
En 1640, son père lui achète une charge de commissaire ordinaire des guerres. Vers 1645, la parenté fait le reste, puisque Saint-Pouange a épousé une sœur de Michel Le Tellier, secrétaire d’État de la Guerre, qui prend le jeune homme dans ses bureaux. À partir de 1651, il administre la fortune personnelle du cardinal Mazarin, principal ministre, pendant l’exil du cardinal puis après son retour à Paris en février 1653. De ces années date le portrait peint par Philippe de Champaigne en 1655, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 51,34), image contemporaine, identifiée et datée, donc utilisable pour le visage. Robert Nanteuil en tire en 1660 une gravure dont le cadre latin le nomme conseiller du roi, secrétaire des commandements de la reine et baron de Seignelay. Nanteuil était lui-même né à Reims en 1623, coïncidence qui n’explique sans doute rien de la commande.
Mazarin meurt le 9 mars 1661. Le surintendant des finances, Nicolas Fouquet, est arrêté à Nantes le 5 septembre, et le 15 la surintendance disparaît au profit d’un Conseil royal des finances que préside le roi et où Colbert siège comme intendant des finances, à côté de Denis Marin. Le 12 décembre 1665, les deux offices de contrôleur général tenus par Barthélemy Hervart et Louis Le Tonnelier de Breteuil sont supprimés, et Colbert reçoit seul la commission de contrôleur général des finances, qu’il conserve jusqu’à sa mort. Il a pris entre-temps la surintendance des Bâtiments, en 1664, et il ajoute en 1669 les secrétariats d’État de la Maison du roi et de la Marine. De ses bureaux, ou sous sa signature, sortent la Compagnie des Indes orientales en 1664, l’Académie royale des sciences en 1666, les ordonnances sur la procédure civile de 1667, sur les eaux et forêts de 1669 et sur la marine de 1681, ainsi que les privilèges accordés aux manufactures royales, dont les Gobelins sont la plus visible. Il entre à l’Académie française le 1ᵉʳ mars 1667, au vingt-quatrième fauteuil.
Il meurt à Paris le 6 septembre 1683, en charge, à soixante-quatre ans. Sa veuve, Marie Charron, fait élever dans l’église Saint-Eustache, sa paroisse, un monument funéraire dessiné par Charles Le Brun et sculpté par Antoine Coysevox et Jean-Baptiste Tuby, commencé en 1685. Sur deux points, les papiers ne suffisent pas. Les vingt premières années ne sont connues que par quelques actes de famille, et la part du ministre lui-même dans des milliers de lettres minutées, recopiées ou rédigées par ses commis reste difficile à mesurer.
Il faut donc reprendre d’abord l’édition de Clément, commandée sous le Second Empire, les manuscrits de la Bibliothèque nationale et trois récits rédigés par Colbert lui-même, par son ancien commis Charles Perrault et par un pamphlétaire imprimé à La Haye, puis trois affaires que la recherche lit encore en sens contraires, la chute de Fouquet, le « colbertisme » et la préparation de l’édit de mars 1685 sur les esclaves des îles d’Amérique, avant de suivre la réputation du ministre depuis un faux testament de 1693 jusqu’au vote de l’Assemblée nationale du 28 mai 2026.



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