Le prince prodigue de Zosime
Vers l’an 500, un fonctionnaire des finances de Constantinople nommé Zosime compose en grec une Histoire nouvelle, conservée par un seul manuscrit, le Vaticanus graecus 156 de la Bibliothèque apostolique vaticane. Il est païen. Son quatrième livre impute à Théodose presque tout ce qui va mal dans l’Empire, des officiers trop nombreux et des troupes sans discipline, des eunuques trop puissants, un trésor gaspillé et des impôts relevés pour le remplir, jusqu’au sentiment, qu’il prête aux provinciaux, que la domination des barbares vaudrait mieux. À l’en croire, l’empereur ne se décide à secourir le jeune Valentinien II contre l’usurpateur Maxime qu’après avoir rencontré Galla, la sœur de ce prince, dont il fait sa seconde épouse en 387. Zosime suit de près l’historien Eunape de Sardes, contemporain des faits, dont l’œuvre ne survit qu’en fragments.
La vie que les documents permettent de dater tient en moins de lignes que cette réputation. Flavius Theodosius naît en Hispanie, à Cauca, l’actuelle Coca dans la province de Ségovie, selon l’Epitome de Caesaribus ; une tradition plus tardive le rattache à Italica, la cité de Trajan, auquel les panégyristes aiment le comparer. Du calendrier de Polemius Silvius, dressé en 449, vient le jour, un 11 janvier. L’année se calcule, et mal. L’Epitome lui donne cinquante ans à sa mort, Socrate et Sozomène soixante, tandis qu’Ammien Marcellin, qui écrit sous son règne, le décrit en 374 comme un homme encore très jeune ; la plupart des historiens retiennent 347, sans pouvoir exclure 346. Son père, Théodose l’Ancien, est un général de Valentinien Ier, et sa mère se nomme Thermantia. Le fils sert d’abord sous les ordres du père, puis commande comme duc de Mésie, sur le Danube, où il repousse des Sarmates vers 374.
Au début de 376, le père est exécuté à Carthage, dans des circonstances qu’aucune source n’explique de façon satisfaisante, et le fils se retire sur les terres familiales. Le 9 août 378, l’empereur d’Orient Valens est tué par les Goths près d’Andrinople. Gratien, qui règne en Occident, rappelle Théodose et le proclame Auguste à Sirmium le 19 janvier 379, avec la charge de la guerre gothique et des provinces orientales.
Seize années de règne se résument en quelques actes datés. À Thessalonique, à la fin de février 380, une loi adressée au peuple de Constantinople, conservée dans le Code théodosien sous la référence XVI, 1, 2, enjoint de suivre la foi que professent l’évêque de Rome Damase et Pierre d’Alexandrie ; en 381, un concile réuni à Constantinople confirme le symbole de Nicée. Le 3 octobre 382, un traité installe des Goths au sud du Danube sous leurs propres chefs. En 388, Théodose marche contre Maxime, qui avait renversé Gratien en 383, et le fait exécuter près d’Aquilée le 28 août. Au printemps ou à l’été 390, des soldats massacrent la foule réunie dans l’hippodrome de Thessalonique, et Ambroise, évêque de Milan, refuse la communion à l’empereur jusqu’à ce qu’il fasse pénitence. Le 8 novembre 392, une loi adressée au préfet du prétoire d’Orient, Rufin (Code théodosien, XVI, 10, 12), interdit à quiconque, de quelque rang qu’il soit, d’immoler une victime ou de brûler de l’encens devant les dieux du foyer. Les 5 et 6 septembre 394, sur la rivière Frigidus, l’actuelle Vipava en Slovénie, il défait l’armée d’Eugène, que le général Arbogast avait fait proclamer en août 392. Il meurt à Milan le 17 janvier 395, et son corps est inhumé à Constantinople, dans l’église des Saints-Apôtres, le 8 novembre suivant.
Le point où les documents cessent de suffire se situe exactement là où la réputation se forme. On possède les lois, leurs destinataires et leurs dates, mais par une compilation publiée en 438, quarante-trois ans après la mort de l’empereur. Le récit du règne vient d’auteurs qui ne l’ont pas fréquenté, chrétiens du Vᵉ siècle pour qui il est le prince pieux et pénitent, ou païen tardif pour qui il est le prodigue qu’on vient de lire. Aucun texte de sa main n’a été conservé.
Il faut donc reprendre ces textes un à un, en mesurant pour chacun la distance qui le sépare des faits et l’intérêt de celui qui l’écrit, puis rouvrir trois épisodes que la recherche lit autrement depuis une trentaine d’années, Thessalonique, l’application réelle des lois de 391 et 392 et le sens religieux prêté à la bataille du Frigidus, avant de suivre la manière dont l’oraison funèbre prononcée par Ambroise a fixé l’image d’un empereur dont on ignore encore, sur bien des points, la part personnelle dans le gouvernement qui porte son nom.




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