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Biographie
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Soliman le Magnifique, sultan législateur

Époque moderne10 octobre 202616 min de lecture
Anonymous, Italian, Venetian, 16th century / Wikimedia Commons
16 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Kanuni, un surnom né deux siècles après lui

En Turquie, on l’appelle Kanuni, « le Législateur ». En Europe, on dit Soliman le Magnifique, surnom qui circule déjà de son vivant chez les auteurs occidentaux, lesquels le nomment aussi le Grand Turc, parfois Soliman II. Le premier vient bien plus tard. Selon Feridun Emecen, on le lit pour la première fois au XVIIIᵉ siècle, dans l’histoire ottomane du prince moldave Dimitrie Cantemir, et il ne se répand qu’au XIXᵉ siècle chez les historiens ottomans. En 1530, dans le préambule du recueil de lois de la Bosnie, Celalzade Mustafa, chef des secrétaires de la chancellerie, lui donne d’autres titres, ombre de Dieu, calife et sahib-kıran, c’est-à-dire maître de la conjonction de Saturne et de Jupiter, signe astrologique d’une souveraineté universelle.

Le nom est celui du roi Salomon, Süleyman en turc. Le Hünername, chronique illustrée de la cour achevée dans les années 1580 par Seyyid Lokman, fixe la naissance au 6 safer 900 de l’hégire, soit le 6 novembre 1494, à Trabzon, sur la mer Noire, où son père Selim gouverne alors une province (Istanbul, bibliothèque du palais de Topkapı, Hazine 1524, vol. II, f. 19a-b). D’autres textes du XVIᵉ siècle se contentent du début de l’an 900, et le biographe Mecdi donne le printemps 1496. Trois dates, un seul enfant. On retient 1494 en sachant qu’elle vient d’un panégyrique postérieur de près d’un siècle. Antérieures à la réforme de 1582, toutes les dates européennes de cette vie se donnent dans le calendrier julien.

En juillet ou août 1509, après une négociation dont subsiste une lettre de Selim à son propre père, le sultan Bayezid II, le garçon reçoit le gouvernement de Kefe, en Crimée (archives du palais de Topkapı, E. 5970). Selim prend le trône en 1512 et, en avril 1513, envoie à Manisa, en Anatolie occidentale, ce fils devenu son seul héritier. Une liste de la maison dressée dans les premiers mois compte 458 personnes, parmi lesquelles sa mère Hafsa, son précepteur Hayreddin, Mahidevran, mère de Mustafa né vers 1515, et un İbrahim qu’il fera grand vizir dix ans plus tard (archives du palais de Topkapı, E. 8030). Le 30 septembre 1520, neuf jours après la mort de son père, il monte sur le trône à Istanbul.

Les quinze premières années sont celles des campagnes qu’il conduit lui-même. Belgrade tombe en août 1521, Rhodes capitule le 20 décembre 1522, l’armée hongroise est détruite à Mohács le 29 août 1526, où meurt le roi Louis II, et Vienne résiste en 1529 à un siège de dix-sept jours. À l’est, il entre à Bagdad le 30 novembre 1534. La chancellerie compile dans le même temps des recueils de lois administratives, les kanunname, pour l’Égypte en 1525 et la Bosnie en 1530, tandis qu’Ebussuud, chef des muftis de 1545 à 1574, s’attache à accorder ces lois sultaniennes avec le droit religieux. En 1523, Soliman élève İbrahim au grand vizirat puis le fait exécuter au palais dans la nuit du 14 au 15 mars 1536. Au milieu des années 1530, il épouse Hürrem, une esclave de son harem, ce qu’aucun sultan n’avait fait avec une concubine. Le 6 octobre 1553, il fait étrangler son fils aîné Mustafa ; un autre fils, Bayezid, réfugié en Iran, est livré par le chah et exécuté en juillet 1562.

Il meurt dans la nuit du 6 au 7 septembre 1566, sous sa tente, devant la forteresse hongroise de Szigetvár, sans en voir la prise. Feridun Bey, de l’entourage du grand vizir Sokullu Mehmed et l’un des rares hommes du camp informés, rapporte qu’on retira les viscères, qu’on parfuma le corps d’ambre et de musc et qu’on l’enterra provisoirement sous le trône (Nüzhetü’l-esrar, Topkapı, Hazine 1339). Après quarante-deux jours, l’armée se replie comme si le sultan vivait, et la mort n’est proclamée qu’à Belgrade, à l’arrivée de son fils Selim II. Le 23 novembre, Ebussuud dirige la prière funèbre à la Süleymaniye, avant l’inhumation dans le mausolée voisin.

Tout cela vient de deux familles de textes, ceux de ses propres serviteurs, chanceliers, historiographes en titre et secrétaires de campagne, et ceux des diplomates qui l’observaient pour Venise ou pour les Habsbourg. De sa main, on possède des poèmes signés Muhibbi, « celui qui aime », et des lettres qu’il scelle sans les rédiger. Ses raisons, presque jamais.

Il faut donc prendre ces témoins un par un, le chancelier Celalzade, les ambassadeurs vénitiens, l’envoyé flamand Busbecq et le secrétaire présent à Szigetvár, puis rouvrir trois affaires que la recherche des quarante dernières années n’a pas refermées, la part du sultan dans les lois qui portent son nom, le casque d’or livré par Venise en 1532 et la mort de Mustafa, avant de suivre la fabrication posthume du Législateur jusqu’aux fouilles conduites depuis 2013 sur une colline de vignes près de Szigetvár.

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