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Biographie
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Pocahontas, fille de Powhatan présentée à la cour d’Angleterre

Époque moderne9 octobre 202615 min de lecture
John Gadsby Chapman (photograph courtesy Architect of the Capitol) / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

« Rebecca Wrothe, a Virginia lady borne »

Le 21 mars 1617, le registre paroissial de St George, à Gravesend, sur l’estuaire de la Tamise, note l’inhumation sous le chœur d’une « Rebecca Wrothe », épouse de « Thomas Wroth gent », née en Virginie. L’entrée porte le millésime 1616, parce que l’année anglaise commence alors le 25 mars ; toutes les dates de cet article suivent le calendrier julien en usage en Angleterre, avec l’année ramenée au compte moderne. Son rédacteur se trompe sur le nom de famille et sur le prénom du mari, qui s’appelle John Rolfe. En 1727, l’église brûle, et les ossements enterrés sous son sol finissent dans une fosse commune du cimetière. En 1923, l’English-Speaking Union demande à exhumer le corps pour le rapatrier en Amérique ; le Home Office ouvre à ce sujet une chemise, aujourd’hui cotée HO 45/14558 aux Archives nationales britanniques, et la tentative n’identifie aucun reste.

Pocahontas n’est pas son nom de naissance. William Strachey, secrétaire de la colonie à partir de 1610, écrit que Powhatan appelait ainsi une fille qu’il aimait, d’un mot qui pourrait signifier « petite dévergondée », l’anglais wanton couvrant alors aussi l’indiscipline, et qu’elle s’appelait en réalité Amonute. Un troisième nom n’apparaît chez les Anglais qu’après son baptême sous le nom de Rebecca. Samuel Purchas l’imprime en 1617 sous la forme Matokes, en ajoutant que les siens le cachaient aux colons par crainte qu’on ne s’en serve pour lui nuire. Camilla Townsend intitule son premier chapitre d’après le peuple d’Amonute ; on garde ici Pocahontas, forme consacrée en français et nom qu’emploient tous les textes antérieurs à sa captivité. Son père, que la tradition mattaponi nomme Wahunsenaca, est le chef suprême de Tsenacomoco. Le nom de sa mère n’a été noté par personne. Smith lui donne dix ans au printemps 1608, Strachey onze ou douze à l’époque où elle fréquente le fort, et Smith encore, en 1624, « douze ou treize » lors de sa propre captivité. La gravure de 1616 porte « Ætatis suæ 21 », âgée de vingt et un ans, ce qui place la naissance vers 1595 ou 1596, sans qu’on sache qui a fourni ce chiffre au graveur.

Au printemps 1608, elle entre dans les textes. Smith, dans la lettre écrite à Jamestown et imprimée à Londres la même année sous le titre A True Relation, raconte que Powhatan, pour obtenir la libération de prisonniers, lui envoie « sa fille, une enfant de dix ans », sous la conduite d’un messager nommé Rawhunt, qui seul prend la parole (sig. E3v, éd. Barbour, I, p. 93). Le même texte décrit la captivité de Smith à Werowocomoco, fin décembre 1607, comme une audience suivie d’un festin, sans menace de mort. Vers 1610, d’après Strachey, elle épouse un « capitaine privé », c’est-à-dire un guerrier sans charge de chef, nommé Kocoum. En avril 1613, le capitaine Samuel Argall apprend qu’elle séjourne chez les Patawomecks, sur le Potomac. Avec l’aide d’un chef local, Iopassus, il l’attire à bord de son navire et la conduit à Jamestown, d’où une rançon est réclamée à son père.

Elle passe près d’un an aux mains des colons, et le pasteur Whitaker est chargé de l’instruire. Baptisée, elle épouse vers le 5 avril 1614 John Rolfe, planteur de tabac et veuf, devant un oncle, Opachisco, que Powhatan envoie la donner en mariage, selon le récit que Ralph Hamor imprime à Londres en 1615. La guerre s’arrête. Un fils, Thomas, naît probablement en 1615. En juin 1616, le gouverneur adjoint Thomas Dale débarque avec eux à Plymouth, avec de jeunes femmes powhatanes et un conseiller de Powhatan, Uttamatomakkin. À Londres, la compagnie paie leur entretien, quatre livres par semaine selon l’épistolier John Chamberlain. Le 18 janvier 1617, celui-ci écrit à l’ambassadeur Dudley Carleton qu’elle a été reçue par le roi et « bien placée » au masque de la nuit des Rois, donné le 6 janvier (The National Archives, SP 14/90, f. 56). En mars, le George descend la Tamise vers la Virginie, elle tombe malade dans les premiers jours, et on la débarque à Gravesend, où elle meurt avant le 21.

Aucune ligne de sa main n’a été conservée. Ses paroles n’arrivent qu’à travers des plumes anglaises.

Les textes qui les rapportent s’étalent de 1608 à 1625. Il faut d’abord les prendre un à un et demander à chacun qui l’a commandé et à quelle distance des faits il écrit. Trois scènes appellent ensuite un examen séparé, parce que la recherche ne les lit pas de la même façon, la nuit de Werowocomoco, la captivité de 1613 et la fin de Gravesend. La dernière partie suit la fabrication posthume d’une héroïne virginienne jusqu’à une loi de 1924, puis dresse l’inventaire de ce que l’on ignore.

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