Le socle JE 49889 et le roi [Netjerikhet](/biographies/djeser-pharaon-premiere-pyramide-degres)
Sur le socle d’une statue royale en calcaire, mis au jour dans le complexe funéraire de la pyramide à degrés de Saqqara et enregistré au Musée égyptien du Caire sous le numéro JE 49889, deux noms voisinent. Le premier est le nom d’Horus du roi, Netjerikhet. Le second, suivi d’une série de titres, appartient à un homme qui n’est pas roi et s’appelle Imhotep. Qu’un particulier soit nommé sur la statue d’un souverain est si rare à cette date que les notices le présentent comme un cas unique. Le fragment accueille aujourd’hui les visiteurs dans le hall d’entrée du musée Imhotep, au pied du plateau de Saqqara.
Le nom égyptien, Ỉỉ-m-ḥtp, se traduit par « celui qui vient en paix ». Les textes grecs l’écrivent Imouthès et l’assimilent à Asclépios, leur dieu de la médecine. Aucune source ne donne sa date de naissance ni celle de sa mort, et aucun âge au décès ne permet de les calculer. On ne peut dater qu’une activité, placée sous Netjerikhet, dont le règne tombe vers le milieu du XXVIIᵉ siècle av. J.-C. dans la chronologie la plus répandue et quelques décennies plus bas dans d’autres. Le roi lui-même n’est appelé Djoser que dans des documents plus tardifs ; ce nom d’usage est employé ici pour lui, par commodité.
Rien n’est attesté du milieu dont il sort. Les noms de ses parents circulent dans les ouvrages de vulgarisation, mais ils proviennent de récits rédigés sous les Ptolémées et les empereurs romains, deux millénaires plus tard. Les titres du socle, eux, sont de son temps. Imhotep y est chancelier du roi de Basse-Égypte, c’est-à-dire porteur de son sceau, premier après le roi, administrateur du grand domaine, noble héréditaire et « grand des voyants », titre du grand prêtre d’Héliopolis. Une dernière série touche au travail de la pierre et à la sculpture, et sa lecture varie d’un éditeur à l’autre.
La seconde mention contemporaine tient en un nom. Au début des années 1950, l’archéologue égyptien Zakaria Goneim dégage à Saqqara une pyramide inachevée, celle de Sekhemkhet, successeur probable de Netjerikhet, dont le règne a été bref. Parmi les graffiti et les inscriptions à l’encre rouge tracés sur la maçonnerie du mur d’enceinte figure le nom d’Imhotep. On en tire d’ordinaire la conclusion qu’il a survécu à son roi et travaillé sur le chantier suivant, que la mort du souverain a interrompu.
Le monument qui a fait sa célébrité n’est mis à son nom par aucun document de l’époque. La pyramide à degrés, six gradins de calcaire hauts d’une soixantaine de mètres, et l’enceinte à redans qui l’entoure passent pour le premier grand ensemble bâti entièrement en pierre taillée. Que le seul particulier nommé sur une statue du roi, dans ce complexe même, porte des titres de sculpteur et de grand dignitaire rend l’attribution vraisemblable, et la plupart des égyptologues l’acceptent comme une déduction tirée de deux lignes de titres.
Le reste de la vie d’Imhotep est posthume. Au Nouvel Empire, un chant de harpiste recopié sur le papyrus Harris 500 du British Museum (EA 10060, col. 6,2 à 7,3) cite ses paroles avec celles de Hordjedef, fils de Khéops, pour constater que les maximes de ces sages circulent encore quand leurs tombes ont disparu. À la Basse Époque, il reçoit un culte dans la région de Memphis comme fils du dieu Ptah, et plusieurs centaines de statuettes de bronze le montrent assis, coiffé d’une calotte, un rouleau de papyrus ouvert sur les genoux. Les Grecs installés en Égypte l’identifient à Asclépios. Le culte semble s’éteindre vers le IVᵉ siècle apr. J.-C.
Plus d’un millénaire sépare ainsi les deux inscriptions de son vivant du premier texte qui le cite, et son tombeau n’a jamais été identifié. Il faut maintenant reprendre ces documents un par un, du socle de Saqqara au papyrus grec d’Oxyrhynque, et mesurer la distance de chacun à l’homme, puis examiner les deux attributions qui portent sa célébrité, la pyramide et la médecine, avant de suivre près d’un demi-siècle de fouilles menées pour retrouver sa sépulture.




-31434550325.jpg?width=500)