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Biographie
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Haroun al-Rachid, calife abbasside de Bagdad et de Raqqa

Moyen Âge12 octobre 202615 min de lecture
1598 author / Wikimedia Commons
15 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Aaron, roi des Perses

Dans les annales royales franques, il s’appelle Aaron et règne sur les Perses. L’annaliste de la cour carolingienne, qui enregistre en juillet 802 l’arrivée à Aix-la-Chapelle d’un éléphant envoyé par ce « roi des Perses », ne lui donne ni son titre ni le nom de sa dynastie, et quand l’animal meurt en 810 le même texte parle d’« Aaron, roi des Sarrasins » (Annales regni Francorum, a. 802 et 810, éd. F. Kurze, MGH, 1895). À Bagdad, l’homme se nomme Harun ibn Muhammad ibn Abd Allah, porte la kunya d’Abu Jafar et le titre de commandeur des croyants. Al-Rachid, « le bien guidé », est un laqab, un nom de règne, que les chroniques arabes disent conféré par son père au retour d’une campagne de jeunesse. La forme Haroun al-Rachid, retenue ici parce qu’elle est celle de l’usage français savant, a gagné l’Europe par une troisième voie, la traduction des Mille et une nuits qu’Antoine Galland publie à Paris de 1704 à 1717.

Sa naissance à Rayy est transmise sous deux dates, le 26 dhou l-hijja 145 de l’hégire (17 mars 763) et le 1ᵉʳ mouharram 149 (16 février 766). La seconde concorde avec l’âge de vingt et un ou vingt-deux ans que Tabari lui donne à son avènement (Ta’rikh, III, p. 599), et c’est elle que retient la notice de l’Encyclopaedia Iranica parue en 2003. Il est le troisième fils du calife al-Mahdi (r. 775-785) et le second que lui donne Khayzuran, une esclave d’origine yéménite. En 165 de l’hégire (782), âgé d’environ seize ans, il commande au moins nominalement une armée qui pousse jusqu’à Chrysopolis, l’actuelle Üsküdar, sur la rive asiatique du Bosphore, face à Constantinople.

Le 15 rabi I 170 (14 septembre 786), la mort de son frère aîné Musa al-Hadi, après un peu plus d’un an de règne, lui ouvre la succession. Tabari recueille plusieurs versions de cette mort. Pendant dix-sept ans, l’administration passe par Yahya ibn Khalid, son ancien précepteur, issu d’une famille originaire de Balkh, les Barmakides, et par les fils de celui-ci, al-Fadl et Jafar. Les liens sont aussi domestiques, puisque Tabari précise que le calife, sa mère, al-Fadl et la mère d’al-Fadl étaient unis par l’allaitement, ce que le droit appelle une parenté de lait. En 180 (796), la cour quitte Bagdad pour Raqqa, sur le moyen Euphrate, où le calife réside jusqu’à la dernière année de sa vie.

Sous son règne, les raids d’été contre Byzance reprennent et il en conduit plusieurs en personne ; Tabari rapporte qu’il portait alors une qalansuwa, un haut bonnet, où étaient inscrits les mots « combattant de la foi, pèlerin ». En 179 (795-796), Musa al-Kazim, que les chiites duodécimains tiennent pour leur septième imam, est arrêté, et il meurt en captivité vers 183 (799), de mort naturelle selon les uns, empoisonné selon les sources chiites. Au pèlerinage de 186 (802), le calife fait rédiger puis suspendre dans la Kaaba les engagements par lesquels ses fils Muhammad al-Amin et Abd Allah al-Ma’mun reconnaissent l’ordre de succession qu’il a fixé, un troisième fils, al-Qasim, venant après eux ; al-Azraqi, historien de La Mecque mort vers 865, en donne le texte (Akhbar Makka, éd. F. Wüstenfeld, Die Chroniken der Stadt Mekka, I, Leipzig, 1858, p. 161-167). En mouharram 187 (janvier 803), Jafar le Barmakide est exécuté, son père et son frère al-Fadl sont emprisonnés et les biens de la famille saisis. En 806, une grande expédition prend la place d’Héraclée, en Asie Mineure, et contraint l’empereur Nicéphore Iᵉʳ à payer de nouveau tribut, ce que rapporte aussi le moine byzantin Théophane, qui écrit quelques années plus tard.

Entre 797 et 807, enfin, des ambassades circulent avec la cour de Charlemagne.

Dans le Khurasan, le gouverneur Ali ibn Isa ibn Mahan, accusé d’exactions par des chroniques presque unanimes, est arrêté en 191 (807) et doit rendre, selon Tabari, quatre-vingts millions de dirhams, chiffre de chroniqueur dont personne ne peut contrôler l’ordre de grandeur. La révolte de Rafi ibn Layth, partie de Samarcande en 190 (806), continue de gagner du terrain. Le calife prend la route de l’est en 808 et meurt près de Tus le 3 joumada II 193 (24 mars 809). Il est enterré au village voisin de Sanabad, à l’emplacement de l’actuelle Mashhad.

Aucun texte de sa main ne subsiste autrement qu’en copie dans des chroniques, et aucune chronique arabe conservée n’a été écrite de son vivant.

Il faut donc prendre ces textes un à un et mesurer la distance qui sépare Tabari, al-Azraqi ou Masudi du règne qu’ils racontent, puis confronter leurs récits de 802 et de 803 aux monnaies, aux annales franques et aux fouilles de Raqqa, avant de suivre la fabrication du calife des contes jusqu’au manuscrit arabe qu’Antoine Galland acquit vers 1701.

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