Dix à quinze rois suivent Hammurabi
Vers 1770 av. J.-C., en chronologie moyenne, Itur-Asdu, gouverneur de Nahur pour le compte de Zimri-Lim, roi de Mari, décrit à son maître l’équilibre des forces. « Il n’y a pas de roi qui soit fort par lui seul. Dix à quinze rois suivent Hammurabi de Babylone, autant Rim-Sin de Larsa, autant Ibal-pi-El d’Eshnunna, autant Amut-pi-El de Qatna, et vingt rois suivent Yarim-Lim du Yamhad. » La tablette porte le numéro A.482 dans les archives du palais de Mari, et Georges Dossin en a publié ce passage en 1938 dans la revue Syria. Dans ce classement, le souverain de Babylone figure au rang des puissances moyennes, derrière celui d’Alep, capitale du Yamhad.
Son nom est amorrite, c’est-à-dire formé dans la langue sémitique des dynasties qui règnent alors sur la plupart des villes de Mésopotamie et de Syrie. Les assyriologues le transcrivent Hammurabi, Hammu-rabi ou Hammurapi, selon qu’ils lisent le second élément comme un mot signifiant « grand » ou comme un mot signifiant « guérisseur », et la question n’est pas tranchée. La forme Hammurabi, retenue ici, est celle du musée du Louvre et de l’usage français courant ; elle évite d’imposer au lecteur une coupure savante encore discutée.
Aucune source ne donne sa date de naissance, ni son âge à l’avènement ou à la mort, et les chiffres qui circulent sont des estimations sans appui. La durée du règne, elle, est connue. À Babylone, chaque année porte le nom d’un événement retenu par le palais, et les listes de ces noms, recopiées par les scribes, lui attribuent quarante-trois ans de règne, que la chronologie dite moyenne place entre 1792 et 1750 av. J.-C. Il succède à son père Sin-muballit comme sixième roi d’une dynastie fondée vers 1894, dont le petit royaume est pris entre Larsa au sud, Eshnunna à l’est et, au nord, le royaume de Samsi-Addu, mort dans la dix-huitième année de Hammurabi, en 1775.
Trente ans de noms d’années parlent surtout de temples, de remparts et de canaux.
La décennie suivante change l’échelle du royaume. Le nom de la trentième année commémore la victoire, remportée en 1764, d’une coalition menée par Babylone contre l’armée de l’Élam, royaume du sud-ouest de l’Iran dont le souverain faisait jusque-là figure d’arbitre entre les rois mésopotamiens. En 1763, Hammurabi prend Larsa et détrône Rim-Sin, qui y régnait depuis près de soixante ans ; en 1762, une guerre l’oppose à Eshnunna ; en 1761, il s’empare de Mari et de Malgium, dont il fait abattre les murailles deux ans plus tard. Le nom de sa trente-huitième année évoque encore une inondation destructrice à Eshnunna. Sur une tablette de fondation conservée au Louvre, il se dit « le roi qui se fait obéir des quatre régions », formule ancienne de la domination universelle. Pour tenir le sud conquis, la cour de Babylone correspond avec des fonctionnaires installés à Larsa, dont un gouverneur nommé Sin-iddinam. L’une de ces lettres, conservée au Louvre sous le numéro AO 5420 et éditée dans la série des Altbabylonische Briefe (AbB 14, 225), ordonne de rassembler des bateliers et de les envoyer à Babylone.
À la fin du règne, la chancellerie fait graver sur des stèles un long texte qui encadre, entre un prologue et un épilogue à la gloire du roi, près de 280 décisions de justice formulées sur le modèle « si un homme a fait ceci ». La mieux conservée de ces stèles, un bloc de basalte haut de 2,25 m, est entrée au Louvre sous le numéro Sb 8. Son sommet porte un relief où le roi, debout, fait face au dieu Soleil Shamash, garant de la justice, assis sur son trône. Le prologue nomme Mari parmi les villes soumises, ce qui place la rédaction de cette version après 1761.
Hammurabi meurt en 1750 av. J.-C., date que l’on déduit de l’avènement de son fils Samsu-iluna dans la suite des noms d’années. Dans une lettre adressée à un fonctionnaire nommé Etel-pi-Marduk, Samsu-iluna écrit que le roi son père est malade, au moment où lui-même monte sur le trône et remet des arriérés dus au domaine royal ; le mot « malade » est en partie restitué sur la tablette. La cause de la mort, le lieu de la sépulture et le nom de la mère de Hammurabi ne figurent dans aucun document consulté pour cette biographie.
Tout ce qui précède repose sur quatre ensembles de documents, les stèles et leurs copies, les lettres envoyées à Larsa, les archives de Mari et les listes de noms d’années. Il faut maintenant les prendre un à un, examiner les deux questions sur lesquelles la recherche se divise encore, la place du règne dans le temps absolu et la nature du texte gravé, puis suivre la fabrication, à partir de 1902, du législateur dont la Chambre des représentants des États-Unis expose le profil de marbre.

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