Presque treize mille lettres, et deux cent cinquante de sa main
La base de données de sa correspondance, ouverte en avril 2005 après plus de trente ans de dépouillement dans quelque deux cents archives et bibliothèques, comptait à cette date 12 609 documents. Environ 4 968 lui sont adressés. Des 7 641 autres, deux cent cinquante-quatre portent son écriture, et ceux-là vont presque tous à sa famille ou à des princes. Le reste sort d’une chancellerie qui signe pour lui.
Il naît le 24 avril 1533 au château de Dillenburg, fils aîné de Guillaume de Nassau-Dillenburg et de Juliana de Stolberg, et il est baptisé le 4 mai dans la chapelle du château selon le rite catholique, alors que ses parents penchent vers la Réforme. En 1544, à onze ans, la mort de son cousin René de Châlon lui apporte la principauté d’Orange, en Provence, et les grandes seigneuries des Nassau de Brabant, Breda en tête. La condition posée par Charles Quint est qu’il soit élevé à Bruxelles, en français et en catholique. Il y apprend le métier de cour et celui des armes, sous la surveillance de gouverneurs chargés de rendre compte à l’empereur de ses progrès en français et de son assiduité à la messe.
La carrière suit. Mariage en 1551 avec Anne d’Egmont, dame de Buren, dont le Koninklijk Huisarchief conserve quarante-six lettres autographes de lui, cotées A 11, XVI A 9. Entrée au Conseil d’État en 1555, commandement d’armée sous Charles Quint, puis, en 1559, le stathoudérat de Hollande, de Zélande et d’Utrecht par nomination de Philippe II. Il est alors l’un des plus riches seigneurs des Pays-Bas, et la charge qu’il exerce dans trois provinces fait de lui le représentant d’un roi qui ne viendra plus jamais dans le pays.
Les désaccords commencent autour de 1560, sur la place du cardinal de Granvelle dans le gouvernement, sur les nouveaux évêchés, sur les placards contre l’hérésie. Ils se durcissent après l’iconoclasme de 1566. En avril 1567, le prince quitte les Pays-Bas pour Dillenburg ; le duc d’Albe fait condamner par le Conseil des troubles ceux qui sont restés, dont les comtes d’Egmont et de Hornes, décapités à Bruxelles en 1568, et il saisit les biens brabançons des Nassau. La campagne militaire que Guillaume lance la même année échoue, sauf à Heiligerlee, où meurt son frère Adolphe.
Tout change en 1572. Des villes de Hollande et de Zélande basculent après la prise de Brielle, et les États de Hollande le reconnaissent comme stathouder au nom d’un roi qu’ils combattent, fiction juridique qui tiendra neuf ans. Il s’installe à Delft, passe à l’Église réformée en 1573, obtient en 1576 la Pacification de Gand, qui réunit brièvement le nord et le sud contre les troupes espagnoles, et voit cette union se défaire dès 1579 avec l’Union d’Arras et l’Union d’Utrecht.
Le 28 janvier 1580, Philippe II fait rédiger contre lui un ban, c’est-à-dire un édit de proscription, qui promet 25 000 écus d’or, la remise de toute faute antérieure et l’anoblissement à qui le tuera. En réponse paraît l’Apologie, remise aux États généraux en décembre 1580 et imprimée à Leyde en février 1581 par Charles Silvius, imprimeur juré des États de Hollande ; l’exemplaire néerlandais de la bibliothèque universitaire de Leyde porte la cote 343 F 36. Le 26 juillet 1581, les États généraux déclarent Philippe II déchu de ses droits sur les Pays-Bas. Une première tentative d’assassinat le blesse gravement à Anvers en mars 1582 ; sa troisième femme, Charlotte de Bourbon, meurt peu après l’avoir soigné, et il épouse en 1583 Louise de Coligny, fille de l’amiral tué à la Saint-Barthélemy.
Le 10 juillet 1584, vers deux heures de l’après-midi, Balthasar Gérard tire sur lui trois balles dans l’escalier du Prinsenhof, à Delft. Il a cinquante et un ans, il a été marié quatre fois, et l’érection de la Hollande et de la Zélande en comté à son profit était alors en cours de négociation.
Ce que les documents ne portent pas, c’est le motif. Ils donnent des actes, des dates, des sommes et des signatures ; ils ne donnent pas ce que cet homme pensait, parce que la quasi-totalité de ce qui est écrit en son nom a été écrit par d’autres. Il faut donc regarder d’abord comment son archive s’est constituée et qui tenait la plume, puis reprendre trois épisodes que les historiens n’ont pas réglés, et voir enfin à quelle date et par quel livre le surnom qui le désigne aujourd’hui est entré en circulation.










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