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Biographie
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Guillaume le Conquérant, duc de Normandie devenu roi d’Angleterre

Moyen Âge28 septembre 202617 min de lecture
Chatsam / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

« Willelmus rex Anglorum »

Dans les actes expédiés en son nom, il s’appelle Willelmus, duc des Normands, puis, à partir de son couronnement, Willelmus rex Anglorum, roi des Anglais, ou Willelm cyng dans les brefs rédigés en vieil anglais, formes sous lesquelles David Bates a édité en 1998 les actes royaux postérieurs à 1066. L’épithète de conquérant n’entre pas dans cette titulature. Elle appartient à la mémoire posthume, et c’est la dalle posée au début du XIXᵉ siècle dans le chœur de Saint-Étienne de Caen qui l’écrit en latin, Guillelmus Conquestor, au-dessus d’une tombe presque vide. Le second surnom, « le Bâtard », désigne sa naissance, et la formule Willelmus cognomine Bastardus, souvent présentée comme sa signature, se lit dans une concession à son parent le comte breton Alain, recopiée dans un registre de l’honneur de Richmond bien postérieur aux faits.

Guillaume naît à Falaise, en 1027 ou en 1028. Aucune source ne donne le jour, et l’année se calcule à partir des âges que lui prêtent les chroniqueurs à la mort de son père puis à la sienne, d’où la double date retenue par les catalogues des grandes bibliothèques. Son père, Robert, duc de Normandie depuis 1027, ne l’a pas eu d’une épouse mais d’Herleva, que l’usage français nomme Arlette, fille d’un habitant de Falaise dont le métier varie selon les auteurs du XIIᵉ siècle. Robert meurt à Nicée en 1035, au retour d’un pèlerinage à Jérusalem, et l’enfant de sept ou huit ans lui succède. Plusieurs des hommes chargés de sa protection meurent assassinés pendant les années suivantes. En 1047, au Val-ès-Dunes, près de Caen, ses troupes et celles du roi de France Henri Iᵉʳ défont une coalition de barons de l’ouest du duché, premier fait d’armes que les sources lui attribuent.

Vers 1050 ou 1051, il épouse Mathilde, fille du comte de Flandre Baudouin V, alors que le concile réuni à Reims par le pape Léon IX en 1049 avait interdit cette union. Le couple fonde à Caen deux abbayes, Saint-Étienne pour des moines et la Trinité pour des moniales. En 1063, ses troupes entrent au Mans et le comté du Maine passe sous son autorité.

Le 5 janvier 1066 meurt Édouard, roi d’Angleterre, sans enfant. Harold Godwinson, comte de Wessex, est couronné aussitôt, et Guillaume revendique le trône en invoquant une désignation d’Édouard et un serment prêté par Harold. Débarquée à Pevensey le 28 septembre, son armée affronte celle d’Harold le 14 octobre près de Hastings, et Harold est tué dans la bataille. Guillaume est couronné à Westminster le jour de Noël. Quatre années de révoltes suivent, dont la plus grave, dans le Nord, s’achève par la dévastation du Yorkshire pendant l’hiver 1069-1070, que le moine Orderic Vital raconte au livre IV de son Historia ecclesiastica. À Noël 1085, à Gloucester, le roi décide l’enquête dont le résultat, le Domesday Book, est conservé aux Archives nationales britanniques, à Kew, dans la série E 31, et le 1ᵉʳ août 1086, à Salisbury, les principaux tenanciers du royaume lui prêtent serment.

À l’été 1087, pendant une campagne contre Mantes, dans le Vexin, le roi tombe malade ou se blesse, les chroniqueurs divergent sur ce point, et on le transporte à Rouen, où il meurt le 9 septembre au prieuré de Saint-Gervais. Orderic Vital raconte l’agonie et les funérailles au livre VII, édité par Marjorie Chibnall dans le quatrième volume de sa série, paru en 1973 (p. 78-108). La Chronique anglo-saxonne, dans son manuscrit E copié à Peterborough et conservé à la Bodleian Library d’Oxford sous la cote MS. Laud Misc. 636, lui consacre sous l’année 1087 un portrait dont l’auteur se donne pour un homme qui l’a vu. Les documents cessent de suffire à cet endroit. On sait ce qu’il a ordonné et ce qu’il a confisqué, mais on ne tient aucun texte de sa main, aucun portrait fait d’après lui, et presque toutes les intentions qu’on lui prête viennent de clercs qui écrivaient pour lui ou pour sa mémoire.

Il faut maintenant prendre une à une les narrations normandes écrites de son vivant ou peu après, dire qui les a rédigées, pour qui, et ce qu’il subsiste de leurs manuscrits, puis examiner trois épisodes sur lesquels les historiens se divisent, le serment d’Harold, la dévastation du Nord et la nature du Domesday Book, avant de suivre la réputation du roi depuis ses funérailles à Caen jusqu’aux travaux publiés en 2016.

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