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Biographie
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Enheduanna, grande prêtresse d’Ur et première autrice signée

Antiquité28 septembre 202612 min de lecture
Mefman00 / Wikimedia Commons
12 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un titre de prêtresse porté comme un nom

Le nom sous lequel elle est connue lui a été donné avec sa charge. En-hedu-ana est une formule sumérienne bâtie sur en, le terme qui désigne la grande prêtresse d’une divinité et qui peut aussi signifier « seigneur », suivi d’une expression que l’on rend d’ordinaire par « ornement du ciel » ou « ornement d’An », du nom du dieu du ciel. Le nom qu’elle portait avant sa nomination n’apparaît dans aucun document. On écrit ici Enheduanna, graphie la plus courante en français, quand plusieurs éditeurs récents, dont Sophus Helle, préfèrent Enheduana.

Sa filiation est attestée de son vivant. Pendant la campagne de fouilles de 1926-1927, la mission conjointe du British Museum et de l’université de Pennsylvanie dégage à Ur, dans le giparu, la résidence des grandes prêtresses du dieu-lune Nanna, un disque de calcite d’environ vingt-cinq centimètres de diamètre, brisé en fragments, conservé depuis au Penn Museum de Philadelphie sous le numéro B16665. Une face porte en relief une scène de libation devant un autel. L’autre porte une inscription sumérienne qui la dit zirru de Nanna, épouse de Nanna, fille de Sargon, roi du monde, et qui commémore l’estrade qu’elle a fait élever dans le temple d’Inanna à Ur, avec le nom donné à l’ouvrage, « Estrade, table d’An ». La traduction « table d’An » a ici notre préférence sur « table du Ciel », parce qu’elle garde visible le nom du dieu que le signe sumérien note aussi.

Le second témoin tient dans la main. Dans la tombe PG 503 du grand cimetière d’Ur, celle de son coiffeur Ilum-palil, les fouilleurs recueillent les fragments d’un sceau-cylindre en lapis-lazuli de trois centimètres et demi de haut, aujourd’hui au British Museum (BM 120572), dont l’inscription nomme Enheduanna, fille de Sargon, et ce coiffeur. D’autres sceaux et une empreinte d’argile font connaître de la même manière son intendant Adda et deux scribes, Sagadu et un second dont le nom n’est conservé qu’en partie. Ces objets décrivent une maison, avec son personnel et ses rangs. Ils laissent supposer que la charge d’en comportait à Ur la gestion de terres et de revenus considérables, ce que la recherche tient pour probable sans pouvoir le chiffrer.

Sargon, roi d’Akkad vers 2334-2279 av. J.-C. selon la chronologie dite moyenne, a réuni sous son autorité les cités de Basse Mésopotamie, et la nomination de sa fille au service du dieu d’Ur s’inscrit dans cet effort, sans qu’aucun texte en donne l’année. Sa capitale, Agadé, n’a toujours pas été retrouvée, et on la situe, sans certitude, dans la région de l’actuelle Bagdad.

Tout le reste vient de textes copiés plusieurs siècles après elle. Dans les écoles de scribes du début du IIᵉ millénaire, vers 1800-1750 av. J.-C., on lui attribue cinq compositions sumériennes. Nin-me-šara, que l’on appelle en français l’Exaltation d’Inanna, fait parler une grande prêtresse qui se nomme (« Moi, Enheduanna, je te réciterai une prière », ETCSL 4,07,2, l. 81). Un second hymne à Inanna, In-nin ša-gur-ra, contient la même déclaration de nom (ETCSL 4,07,3, l. 219), et un recueil de quarante-deux hymnes aux temples de Sumer et d’Akkad se clôt sur une ligne qui lui en attribue la compilation. Deux hymnes très fragmentaires, dont l’un adressé à Nanna, complètent la liste. L’Exaltation raconte qu’un certain Lugal-ane s’est emparé du pouvoir à Ur, qu’il a chassé la prêtresse du temple et qu’Inanna l’a rétablie. Aucun roi n’y est nommé.

Après elle, la charge passe à Enmenana, fille de Naram-Sin, le petit-fils de Sargon, qui règne vers 2255-2218 av. J.-C. Aucune source ne donne la date de sa mort, pas plus que celle de sa naissance, et son tombeau n’a pas été identifié. Pour une vie dont une poignée d’objets seulement sont contemporains, l’essentiel du portrait dépend de poèmes dont l’attribution se discute. Il faut maintenant regarder le disque, les sceaux et les tablettes comme des objets, avec leur date et leur lieu de conservation, suivre les éditions de 1968 et de 1997, puis reprendre les deux questions sur lesquelles les assyriologues se divisent depuis 1980, la paternité des poèmes et la révolte de Lugal-ane.

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