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Biographie
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Aliénor d’Aquitaine, reine de France puis d’Angleterre

Moyen Âge28 septembre 202617 min de lecture
Mathis B / Wikimedia Commons
17 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

« Hoc vas sponsa dedit »

Au musée du Louvre, sous le numéro d’inventaire MR 340, un vase de cristal de roche monté en argent doré porte sur son pied une inscription latine niellée. Elle remonte une chaîne de dons. Aliénor, son épouse, a donné ce vase au roi Louis ; Mitadolus l’avait donné à l’aïeul de la reine ; le roi l’a remis à Suger, abbé de Saint-Denis, qui l’offre aux saints. Le cristal est oriental, sassanide ou postsassanide selon la notice du musée, et la monture a été faite à Saint-Denis avant 1147. En 1993, George Beech a reconnu dans Mitadolus Imad al-Dawla Abd al-Malik ibn Hud, dernier roi musulman de Saragosse, qui a probablement remis l’objet à Guillaume IX d’Aquitaine autour de la bataille de Cutanda, le 17 juin 1120. Le vase est entré au Muséum le 5 décembre 1793, avec ce qui restait du trésor de l’abbaye.

Sur ce pied, le mot qui désigne la reine est sponsa, l’épouse. C’est l’un des rares témoignages de son vivant qui ne sorte ni d’une chronique ni de sa propre chancellerie. Les actes latins l’appellent Alienordis ou Helienordis, et l’usage moderne a longtemps hésité entre Éléonore de Guyenne et Aliénor d’Aquitaine ; on préfère ici la seconde forme, plus proche des graphies latines et seule employée par les travaux français récents. Aucun texte contemporain ne date sa naissance. Un fragment généalogique rédigé vers 1300 à Saint-Martial de Limoges lui donne treize ans à la mort de son père, ce qui conduit à 1124, année que retiennent Ralph Turner en 2009 et Martin Aurell en 2024, alors que Jean-Marc Bienvenu la faisait encore naître en 1120 ou 1122. Poitiers, Bordeaux et le château de Belin revendiquent le lieu, sans document pour trancher.

Elle est la fille aînée de Guillaume X, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, et d’Aénor de Châtellerault. Son frère Guillaume Aigret meurt enfant. Guillaume X meurt le 9 avril 1137 ; le 25 juillet, à Bordeaux, elle épouse Louis, fils du roi Louis VI, qui succède à son père le 1er août. Deux filles naissent de cette union, Marie en 1145 et Alix en 1150. En 1147, la reine part avec son mari pour la deuxième croisade. Au printemps 1148, à Antioche, chez son oncle Raymond de Poitiers, le couple se déchire en public. Jean de Salisbury rapporte que la reine voulut rester à Antioche et fit valoir la parenté qui l’unissait au roi pour réclamer la séparation (Historia Pontificalis, chap. 23, éd. Marjorie Chibnall, Oxford Medieval Texts, 1986). Le pape Eugène III réconcilie les époux à l’automne 1149, et le 21 mars 1152, à Beaugency, une assemblée d’évêques annule pourtant le mariage pour consanguinité.

Huit semaines plus tard, le 18 mai 1152, elle épouse Henri Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie, d’une dizaine d’années plus jeune qu’elle, couronné roi d’Angleterre le 19 décembre 1154. Huit enfants naissent entre 1153 et 1167, parmi lesquels Richard et Jean. En 1173, elle prend le parti de ses fils aînés révoltés contre leur père ; arrêtée, elle reste sous garde jusqu’à la mort d’Henri II, le 6 juillet 1189. Veuve, elle tient une part du gouvernement pendant la croisade et la captivité de Richard, puis sous Jean. En 1191, le moine Richard de Devizes la montre conduisant jusqu’en Sicile la fiancée de son fils, Bérengère de Navarre, la dit femme incomparable, puis ajoute à propos du voyage d’Orient que beaucoup savaient ce qu’il eût souhaité que nul ne sût (Chronicon, éd. John T. Appleby, Nelson, 1963). Elle meurt le 31 mars ou le 1er avril 1204, et on l’inhume dans l’abbatiale de Fontevraud, où reposaient déjà Henri II et Richard.

Tout cela se date à quelques jours près, et presque rien ne dit pourquoi.

Les actes de sa chancellerie disent où elle se trouve, ce qu’elle donne et à qui. Les raisons viennent des chroniqueurs, clercs et moines qui écrivent en Angleterre, en Orient ou à Constantinople, souvent à une génération de distance. Il faut donc reprendre ces auteurs un à un, Jean de Salisbury, Guillaume de Tyr et les chroniqueurs anglais du règne d’Henri II, mesurer leur distance aux faits, puis rouvrir trois épisodes disputés, Antioche et Beaugency, la révolte de 1173 et la cour de Poitiers, avant de suivre la légende jusqu’aux Amazones de Constantinople et au poison de Rosamonde.

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