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Li Bai, poète de la cour des Tang

Moyen Âge13 octobre 202618 min de lecture
Unknown authorUnknown author / Wikimedia Commons
18 min de lectureIntroduction en accès libre
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Introduction

Un « académicien » que les registres du Hanlin ignorent

Au premier mois de l’an 12 de l’ère Yuanhe (817), Fan Chuanzheng, inspecteur des préfectures de Xuan et de She, fait déplacer une tombe de la plaine de Dangtu, sur la rive sud du Yangzi, jusqu’au pied du mont Qingshan. Son père, Fan Lun, avait été l’ami du mort. Il compose pour la nouvelle sépulture un texte qu’il fait graver sur deux pierres, l’une placée dans la tombe, l’autre au bord du chemin, et dont le titre donne au défunt deux fonctions, celle de « remontrant de gauche » (zuo shiyi) et celle d’« académicien du Hanlin » (Hanlin xueshi). La première nomination a été décidée sous l’empereur Daizong, quand l’homme était déjà mort. Du second titre, aucune des listes d’académiciens tenues au IXᵉ siècle ne garde trace. Soixante ans plus tôt, en 757, l’intéressé se présentait autrement, dans un placet qu’il rédige au nom du censeur Song Ruosi pour se recommander lui-même, comme « ancien attaché du Hanlin Li Bai, âgé de cinquante-sept ans » (« Wei Song zhongcheng zijian biao », Li Bai ji jiaozhu, éd. Qu Tuiyuan et Zhu Jincheng, juan 26, p. 1518).

Li Bai est la forme pinyin, adoptée par l’usage savant français, là où les traductions anglaises ont longtemps écrit Li Po, puis Li Bo. Son prénom social, Taibai, est le nom chinois de l’étoile Vénus. Aucun document ne donne sa date de naissance. L’année 701 se calcule à partir des cinquante-sept ans déclarés en 757 et des soixante-deux ans que lui attribue, à sa mort, l’épitaphe rédigée par Li Hua, et la mort se place traditionnellement au onzième mois de l’an 1 de l’ère Baoying, à la fin de 762.

La préface de Li Yangbing, en 762, et la stèle de 817 font descendre la famille de Li Gao, fondateur au début du Vᵉ siècle du royaume des Liang occidentaux et ancêtre revendiqué par la maison impériale. Une branche aurait été bannie vers l’ouest, puis serait rentrée au Sichuan au début de l’ère Shenlong (705). Li Bai grandit dans la préfecture de Mian, au nord de Chengdu, et ne se présente pas aux examens, sans qu’aucun texte ancien dise pourquoi.

Vers 724, il descend le Yangzi. En 727, il épouse à Anlu, dans l’actuel Hubei, une petite-fille de Xu Yushi, ancien chancelier de l’empereur Gaozong. Un premier séjour à Chang’an vers 730 est probable. Ses lettres aux gouverneurs et ses poèmes le font connaître, et l’anthologie compilée par Yin Fan en 753 retiendra treize de ses pièces. À l’automne de l’an 1 de l’ère Tianbao (742), un ordre impérial l’appelle à Chang’an. Il y attend les commandes au Hanlin jusqu’au printemps 744, quand l’empereur, dit la préface de 762, « lui donne de l’or et le renvoie ». À Luoyang, la même année, il rencontre Du Fu, de onze ans son cadet.

Au tournant de 756 et de 757, pendant la rébellion d’An Lushan, il entre dans l’entourage de Li Lin, prince de Yong et fils de Xuanzong, qui descend le fleuve avec une flotte sans l’aval de son frère, le nouvel empereur Suzong. Le prince est écrasé. Li Bai est emprisonné à Xunyang, l’actuelle Jiujiang, libéré par l’intervention de Song Ruosi, puis condamné à l’exil perpétuel à Yelang, aux confins du Guizhou. Une amnistie le rejoint en 759.

En 761, il gagne Dangtu, où son parent Li Yangbing, calligraphe réputé pour son écriture sigillaire, est magistrat. Malade, il lui remet ses brouillons, dont Li Yangbing tire un recueil de dix rouleaux, le Caotang ji (Li Taibai quanji, éd. Wang Qi, juan 31). L’épitaphe de Li Hua le fait mourir après avoir composé un « Chant au seuil de la mort ».

Presque tout ce qui précède vient de textes qu’il a écrits pour se présenter, de textes de sa parenté et de ses admirateurs, et de poèmes rarement datés. Aucun acte de nomination, aucune liste de fonctionnaires ne le mentionne.

Il faut donc reprendre ces textes un à un, avec leurs auteurs, leurs dates et leurs commanditaires, puis rouvrir les quatre points sur lesquels la recherche chinoise et japonaise ne s’accorde pas, l’origine de la famille, la nature du poste occupé en 742, le ralliement au prince Yong et l’année de la mort, avant de suivre la naissance, au XIᵉ siècle, du poète noyé en voulant saisir la lune, et ce qu’une pierre mutilée, exhumée à Qingshan dans les années 1980, pourrait encore changer à la tombe de 817.

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