De Jéricho à l’Hérodion, derrière un lit d’or
Le corps quitte le palais d’hiver de Jéricho sur un lit d’or orné de pierres, sous des étoffes de pourpre, le diadème au front, une couronne d’or posée par-dessus et le sceptre dans la main droite. Derrière lui marchent les fils et les parents, puis la garde, puis les contingents thraces, germains et galates en tenue de combat, l’armée rangée derrière ses officiers, enfin cinq cents serviteurs chargés d’aromates. Flavius Josèphe décrit ce convoi dans la Guerre des Juifs (I, 670-673) puis dans les Antiquités juives (XVII, 196-199), et ses deux récits ne donnent pas la même distance. Les Antiquités comptent huit stades, la Guerre deux cents, ce qui correspond à peu près aux trente-cinq ou quarante kilomètres entre Jéricho et l’Hérodion, la colline fortifiée au sud-est de Bethléem où le roi avait fixé le lieu de sa sépulture.
Le mort se nomme Hērōdēs en grec. Plusieurs de ses descendants porteront le même nom, et l’épithète « le Grand », que Josèphe emploie seulement dans quelques passages généalogiques des Antiquités, sert d’abord à le distinguer d’eux. Josèphe lui donne environ soixante-dix ans à sa mort (Antiquités juives, XVII, 148), d’où une naissance calculée vers 73 ou 72 av. J.-C., et le chiffre rond appelle quelque réserve. La mort elle-même n’est datée par aucun document de l’époque. La plupart des historiens la placent au début de 4 av. J.-C., entre une éclipse de lune que mentionne Josèphe et la Pâque qui suit, tandis qu’une minorité, qui retient une autre éclipse et une autre lecture des années de règne, la repousse au début de 1 av. J.-C.
Son père, Antipater, appartient à la notabilité d’Idumée, la région au sud de la Judée que le roi hasmonéen Jean Hyrcan avait conquise à la fin du IIᵉ siècle av. J.-C., en imposant la circoncision à ses habitants. Sa mère, Cypros, sort de l’aristocratie nabatéenne. Antipater sert Hyrcan II, grand prêtre et ethnarque, et passe du côté de César en 47 av. J.-C. Cette année-là, Hérode, le deuxième de ses fils après Phasaël, reçoit le gouvernement de la Galilée. Josèphe lui donne alors quinze ans (Antiquités juives, XIV, 158), chiffre inconciliable avec l’âge au décès et que beaucoup de commentateurs corrigent en vingt-cinq.
En 40 av. J.-C., une invasion parthe installe à Jérusalem Antigone, neveu d’Hyrcan II et dernier Hasmonéen à porter le titre royal. Hérode gagne Rome, où le Sénat, à l’initiative de Marc Antoine et d’Octavien, le proclame roi (Antiquités juives, XIV, 381-389). Il lui faut trois ans et les légions de Caius Sosius, gouverneur de Syrie, pour entrer dans Jérusalem en 37 ; Antigone est décapité sur ordre d’Antoine. Allié d’Antoine jusqu’à Actium, Hérode se présente à Octavien à Rhodes en 30 et repart confirmé dans son titre. Viennent les chantiers, Samarie refondée sous le nom de Sébaste en 27, Césarée et son port, Massada, l’Hérodion et, à partir de la dix-huitième année selon les Antiquités (XV, 380), le Temple de Jérusalem sur une esplanade agrandie. Sur des amphores de vin italien livrées à Massada en 19 av. J.-C., le destinataire est inscrit en latin, regi Herodi Iudaico, « au roi Hérode le Judéen » (H. M. Cotton et J. Geiger, Masada II, 1989).
Josèphe détaille aussi les exécutions. En 35 av. J.-C., le grand prêtre Aristobule III, frère de l’épouse hasmonéenne du roi, Mariamme, se noie dans un bassin du palais de Jéricho, et l’historien présente la noyade comme un meurtre commandé. Hyrcan II est exécuté en 30, Mariamme en 29. En 7 av. J.-C., après un conseil réuni à Béryte en présence du gouverneur de Syrie, Alexandre et Aristobule, les deux fils de Mariamme, sont étranglés à Sébaste. Antipater, l’aîné, né d’un premier mariage avec Doris, est mis à mort cinq jours avant son père. Auguste partage ensuite le royaume entre trois autres fils, Archélaüs, Antipas et Philippe.
Presque tout ce qui précède passe par un seul auteur. Josèphe, né à Jérusalem en 37 apr. J.-C., écrit à Rome à trois ou quatre générations des faits, en suivant pour l’essentiel l’histoire de Nicolas de Damas, conseiller du roi. Les monnaies, les amphores et les ruines confirment le titre, les chantiers et quelques dates, sans rien dire des procès, des exécutions ni de ceux qui les ont décidées.
Il faut maintenant prendre ces textes un à un, Nicolas de Damas, les deux récits de Josèphe, les Évangiles, le Talmud et Macrobe, en regard des monnaies et des amphores, puis reprendre quatre questions sur lesquelles la recherche se divise, l’origine iduméenne, la date du Temple, celle de la mort et le massacre de Bethléem, avant de suivre la réputation du roi jusqu’à la tombe que l’on a cru trouver à l’Hérodion en 2007.

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