« Charles Steuart Kinge of England »
Un parchemin de 43,8 centimètres sur 21, écrit à l’encre ferro-gallique, porte cinquante-neuf signatures et autant de cachets. Il est conservé aux Parliamentary Archives de Westminster sous la cote HL/PO/JO/10/1/297A, il nomme son condamné « Charles Steuart Kinge of England » et il ordonne que la sentence soit exécutée « dans la rue ouverte devant Whitehall » le lendemain, entre dix heures du matin et cinq heures de l’après-midi. Daté du 29 janvier, adressé au colonel Francis Hacker, au colonel Huncks et à un troisième officier, l’ordre s’ouvre sur la signature de John Bradshaw, président de la Haute Cour de justice, que suivent celle de Lord Grey of Groby, puis celle d’Oliver Cromwell.
Le nom retenu ici est Charles Ier, forme française consacrée. Les actes du tribunal l’appellent Charles Stuart, écrit Steuart sur l’ordre et Stewart sur le rôle officiel du procès, et lui laissent le titre de roi d’Angleterre. Il naît le 19 novembre 1600 à Dunfermline, en Écosse, deuxième fils de Jacques VI et d’Anne de Danemark, date que les répertoires donnent sans divergence. Duc d’Albany au berceau, il gagne l’Angleterre en 1604, après que son père a hérité de la couronne d’Élisabeth Ire. La mort de son frère aîné Henri, en novembre 1612, fait de lui l’héritier, et il est créé prince de Galles en 1616. Les dates suivent ici le style julien alors en usage en Angleterre, avec l’année comptée à partir du 1er janvier, quand les actes du temps la font partir du 25 mars, d’où le « 1648 » qu’on lit sur l’ordre d’exécution.
Il succède à son père le 27 mars 1625 et épouse la même année Henriette-Marie, fille d’Henri IV de France. En 1628, après deux Parlements dissous sur la question des subsides, la Pétition de droit énumère les griefs des Communes, emprunts forcés et emprisonnements sans motif déclaré ; en août, le favori George Villiers, duc de Buckingham, est poignardé à Portsmouth. De mars 1629 à avril 1640, aucun Parlement n’est réuni. Ces onze années, que l’historiographie anglaise appelle la Personal Rule, sont financées par des expédients dont le plus discuté est le ship money, taxe levée pour la flotte que la couronne étend aux comtés de l’intérieur. En Écosse, un livre de prières calqué sur l’usage anglais provoque une émeute à St Giles d’Édimbourg le 23 juillet 1637, puis un Covenant national et deux campagnes qui tournent mal pour le roi, contraint de rappeler le Parlement anglais. Réuni en novembre 1640, le Long Parlement obtient l’exécution du comte de Strafford en mai 1641 ; le 4 janvier 1642, le roi tente de faire arrêter cinq députés aux Communes, et le 22 août il lève l’étendard royal à Nottingham.
La guerre se perd à Naseby, le 14 juin 1645. En mai 1646, Charles se rend à l’armée écossaise, qui le remet au Parlement anglais en janvier 1647 ; l’armée parlementaire s’empare de sa personne en juin, il s’échappe de Hampton Court en novembre et finit gardé à Carisbrooke, sur l’île de Wight. Le traité qu’il conclut en décembre 1647 avec des commissaires écossais, l’Engagement, ouvre la seconde guerre civile de 1648. Après l’échec des pourparlers de Newport et l’exclusion d’une partie des Communes par les soldats du colonel Thomas Pride, le 6 décembre 1648, les députés restants votent au début de janvier 1649 la création d’une Haute Cour de justice de 135 commissaires. Le procès s’ouvre à Westminster Hall le 20 janvier. Devant elle, le roi refuse de plaider et récuse la compétence de la cour ; la sentence est prononcée le 27, puis exécutée le 30 sur un échafaud dressé contre la Banqueting House.
La relation la plus diffusée de la scène sort de l’atelier londonien de Peter Cole sous le titre King Charls his speech made upon the scaffold, qui date l’exécution du « mardi 30 janvier 1648 » (Wing C2792 ; British Library, collection Thomason, E.545[5]). On y lit que le roi, s’adressant surtout au colonel Matthew Thomlinson, déclare qu’« un sujet et un souverain sont choses entièrement différentes » avant de se dire « le martyr du peuple ». Il est inhumé à Windsor, dans un caveau sous le chœur de St George’s Chapel, en février 1649.
Le bourreau et son aide portaient des masques, et leurs noms ne figurent dans aucun acte officiel.
Presque tout ce qu’on lit des dernières années du règne vient de quelques textes produits après coup, chacun par un camp. Il faut maintenant les prendre un à un, du journal du procès à l’Histoire de Clarendon, puis revenir sur les points où les historiens se contredisent encore, du gouvernement sans Parlement des années 1630 au sens du procès de janvier 1649, avant de suivre le corps du roi et sa réputation jusqu’à l’ouverture du caveau de Windsor en 1813.

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