Le consul qui n’avait pas de cognomen
Plutarque ouvre sa Vie de Marius sur un manque. Du troisième nom de Caius Marius, écrit-il, on ne sait rien, pas plus que de celui de Quintus Sertorius (Plutarque, Marius, 1, 1). Le philosophe Posidonius d’Apamée tirait de ce cas une théorie sur le nom propre des Romains, que Plutarque discute aussitôt. L’inscription placée sous la statue de Marius au forum d’Auguste, inauguré en 2 av. J.-C., enregistre le même fait sans le commenter, puisqu’elle commence par « C. Marius C. f. », Caius Marius fils de Caius (fragment romain CIL VI 41024 ; copie mieux conservée retrouvée à Arezzo, l’antique Arretium, CIL XI 1831 = ILS 59).
Plutarque le fait grandir au village des Cereatini, sur le territoire d’Arpinum, dans le sud du Latium, fils d’un Marius et d’une Fulcinia, parents obscurs qui vivaient du travail de leurs mains (Marius, 3, 1). Velleius Paterculus, qui écrit sous Tibère, le dit au contraire né dans l’ordre équestre (Historiae, II, 11, 1). Federico Santangelo (2016) retient plutôt la seconde, jugeant impossible sans fortune la carrière qui suit. Aucun texte ne donne la date de naissance. Elle se calcule à partir de deux âges, plus de soixante-six ans pendant la guerre sociale selon Plutarque (33, 1), plus de soixante-dix ans au moment de l’expulsion de 88 selon l’elogium, ce qui la place vers 157, à un ou deux ans près.
Sa première campagne attestée est celle de Numance, en Espagne, sous Scipion Émilien, en 134-133 (Marius, 3, 2). Tribun de la plèbe en 119, il fait voter une loi sur la procédure électorale malgré l’opposition du consul Cotta (4, 2-3). Aux élections suivantes, il est battu deux fois le même jour pour l’édilité, puis élu préteur pour 115 au dernier rang et acquitté d’une accusation de brigue par un partage égal des voix (5, 2-5). Après son gouvernement en Espagne ultérieure, il épouse Julia, sœur du père de Jules César (6, 2). En 109, il part en Afrique comme légat du consul Quintus Caecilius Metellus, chargé de la guerre contre Jugurtha, roi de Numidie.
Congédié par Metellus douze jours avant les comices, il gagne Rome et se fait élire consul pour 107 (8, 4). L’elogium précise que la guerre lui est confiée extra sortem, hors du tirage au sort qui répartissait d’ordinaire les provinces entre les consuls. Vient alors la levée. Salluste rapporte qu’il enrôle des soldats « non selon la coutume des ancêtres ni d’après les classes », au gré des volontaires, et que ce sont pour la plupart des capite censi, des citoyens recensés sans patrimoine (Bellum Iugurthinum, 86, 2). La guerre se termine en 105, quand le roi Bocchus de Maurétanie livre Jugurtha au questeur de Marius, Lucius Cornelius Sylla (Marius, 10, 3-4). Le 1er janvier 104, jour même de son entrée dans un second consulat, Marius triomphe avec le roi captif (12, 2).
Pendant ce temps, les Cimbres et les Teutons, peuples venus du nord qui avaient détruit plusieurs armées romaines en Gaule, menacent l’Italie. Le peuple réélit Marius consul chaque année de 104 à 100. En 102, il écrase les Teutons et les Ambrons près d’Aquae Sextiae, l’actuelle Aix-en-Provence. En 101, avec son collègue de l’année précédente Quintus Lutatius Catulus, il détruit les Cimbres dans la plaine de Vercellae, en Italie du Nord (25, 3). L’année 100 le voit allié au tribun de la plèbe Lucius Appuleius Saturninus et au préteur Caius Servilius Glaucia, puis, lorsque ceux-ci occupent le Capitole en armes, les assiéger et obtenir leur reddition en coupant les conduites d’eau (30, 3).
En 88, le tribun Publius Sulpicius fait transférer à Marius le commandement contre Mithridate, roi du Pont, que le consul Sylla avait reçu. Sylla marche sur Rome, et douze hommes du parti adverse, dont Marius et son fils, sont déclarés ennemis publics (Tite-Live, Periochae, 77, 2). Marius se cache dans les marais de Minturnes, en est tiré par les habitants, puis embarqué pour l’Afrique (77, 6). En 87, rappelé par le consul Lucius Cornelius Cinna, il reprend Rome en armes avec lui. Consul pour la septième fois sans même l’apparence d’une élection, selon l’abrégé de Tite-Live (80, 8), il meurt aux Ides de janvier 86 (80, 9).
On ne possède de lui ni mémoires, ni lettre, ni discours transmis autrement que recomposé par un historien, alors que Sylla, Catulus et Publius Rutilius Rufus, qui furent ses rivaux, ont chacun laissé un récit dont Plutarque s’est servi. Il faut donc prendre ces textes un par un, de Posidonius, qui l’a vu malade, à Plutarque, qui écrit deux siècles après, puis relire la phrase de Salluste sur la levée de 107, le partage de la victoire de 101 et l’affaire de l’an 100, avant de suivre comment Sylla, César, Auguste et les historiens modernes ont successivement refait le personnage.




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