Don Ferdinando Cortes, dans sa quarante-deuxième année
L’image la plus sûre de Hernán Cortés tient sur deux feuillets d’un album de costumes, le Trachtenbuch du médailleur Christoph Weiditz, conservé au Germanisches Nationalmuseum de Nuremberg sous la cote Hs. 22474 (feuillets 77-78). Weiditz séjourne en 1529 à la cour de Charles Quint, où se trouve alors le conquistador rentré de Nouvelle-Espagne. La légende allemande du dessin le nomme « Don Ferdinando » et lui donne, cette année-là, sa quarante-deuxième année. Prise à la lettre, elle le fait naître en 1487 ou 1488, ce qu’aucun autre témoin ne confirme.
Les actes de son temps l’appellent Hernando Cortés, et c’est « don Hernando Cortés » que nomme la carte de merced royale de 1529 ; la forme Hernán s’est imposée plus tard. Personne ne conteste sa naissance à Medellín, en Estrémadure. L’année, elle, flotte. Francisco López de Gómara, son chapelain, avance 1485 puis le fait mourir à soixante-trois ans, ce qui ramène à 1484. Cortés se dit âgé de plus de cinquante ans dans une déposition de 1532 et de soixante ans dans une lettre à l’empereur du 3 février 1544. L’année 1485 relève donc de la convention, et les documents tolèrent une fourchette de 1482 à 1488. La mort est attestée, le 2 décembre 1547, à Castilleja de la Cuesta, près de Séville.
Il est fils de Martín Cortés de Monroy et de Catalina Pizarro Altamirano, hidalgos de Medellín aux revenus modestes. Adolescent, il vit à Salamanque chez un parent par alliance, le greffier Francisco Núñez de Valera, sans qu’aucun registre ne montre qu’il ait suivi les cours de l’université. Vers 1504, il passe à Hispaniola. En 1511, il accompagne Diego Velázquez à la conquête de Cuba. En 1519, Velázquez lui confie une flotte vers la côte du golfe ; sur place, les hommes de l’expédition fondent la Villa Rica de la Vera Cruz, et le cabildo qu’ils se donnent le nomme capitaine, ce qui revient à sortir de l’obéissance du gouverneur de Cuba.
Allié à Tlaxcala après l’avoir combattue en septembre 1519, il passe par Cholula, où ses troupes et leurs alliés massacrent une partie de la population en octobre, puis entre à Tenochtitlan le 8 novembre et y retient Moctezuma, souverain de la Triple Alliance. Au printemps 1520, il sort affronter Pánfilo de Narváez, envoyé contre lui par Velázquez, enrôle ses hommes après l’avoir battu et revient dans une capitale soulevée, dont il sort de nuit avec de lourdes pertes au tournant de juin et de juillet 1520. Le siège qu’il conduit avec des alliés indigènes que les sources comptent par dizaines de milliers s’achève le 13 août 1521 par la capture de Cuauhtémoc. Nommé gouverneur et capitaine général de la Nouvelle-Espagne en octobre 1522, il part en octobre 1524 vers les Hibueras, l’actuel Honduras, fait pendre Cuauhtémoc en chemin et ne rentre à Mexico qu’en juin 1526, pour être suspendu deux semaines plus tard par le juge Luis Ponce de León. Il plaide sa cause en Castille et obtient, par des cédules datées de Barcelone le 6 juillet 1529, le titre de marquis del Valle de Oaxaca, une seigneurie de vingt-trois mille vassaux et le rang de capitaine général, sans le gouvernement. Revenu en 1530, il finance entre 1533 et 1540 quatre expéditions vers la mer du Sud, prend part à celle qui atteint la baie de Santa Cruz, en Californie, en mai 1535, puis regagne l’Espagne en 1540 pour n’en plus repartir.
Deux textes datés de son vivant encadrent ce parcours. La deuxième relation au souverain, signée à Segura de la Frontera (Tepeaca) le 30 octobre 1520 et imprimée à Séville par Jacobo Cromberger le 8 novembre 1522, se lit dans l’édition d’Ángel Delgado Gómez (Castalia, 1993) ; Cortés y décrit Tenochtitlan, qu’il juge aussi grande que Séville ou Cordoue. La carte de merced du 6 juillet 1529, dont une copie de registre est conservée à l’Archivo General de Indias (Patronato 16, N. 2, R. 14), énumère les villages donnés au marquis. Le premier est un récit plaidé, le second un acte de chancellerie.
Pour 1519-1521, presque tout repose sur un homme qui écrivait pour se justifier contre Velázquez, et sur deux chroniques postérieures de trente à cinquante ans, celle d’un chapelain qui n’a jamais traversé l’Atlantique et celle d’un ancien soldat installé au Guatemala. Les récits nahuas, rédigés en alphabet latin après la conquête, sont plus tardifs encore, et aucun original autographe des relations n’a survécu.
Il faut maintenant reprendre ces textes un à un, les cinq relations dont la première manque, la chronique du chapelain et celle du soldat, puis rouvrir quatre épisodes que les sources ne racontent pas de la même manière, de Cholula en 1519 à la pendaison de Cuauhtémoc en 1525, avant de suivre ce que trois siècles ont fait du nom et du corps.

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