Le cercueil attend cinq ans hors du chœur de Spire
Le 7 août 1106, l’empereur Henri IV meurt à Liège, où l’évêque Otbert l’a accueilli. Sigebert, moine de l’abbaye voisine de Gembloux, note dans sa chronique qu’il est mort privé de l’Empire et sans réconciliation avec le siège apostolique (Sigebert de Gembloux, Chronica, année 1106, MGH SS 6, p. 371). Otbert le fait inhumer dans la cathédrale Saint-Lambert. Parce qu’un excommunié ne peut reposer en terre consacrée, le corps en est retiré et enterré hors de la ville, sur la colline de Cornillon. Le 24 août, Henri V fait exhumer le corps de son père et le fait conduire à Spire, où reposent déjà le père et le grand-père du défunt. L’évêque de Spire, Gebhard, refuse la sépulture. Le 3 septembre, le cercueil est déposé dans une chapelle accolée au flanc nord de la cathédrale, qui n’a pas encore reçu de consécration, et il y demeure jusqu’au 7 août 1111, jour anniversaire de la mort, où le corps descend enfin dans le chœur.
Henri naît le 11 novembre 1050. Le jour est admis par tous les répertoires ; le lieu, Goslar, n’est qu’une présomption, que la Neue Deutsche Biographie assortit d’un point d’interrogation. Fils de l’empereur Henri III et d’Agnès de Poitou, baptisé à Cologne à Pâques 1051 avec pour parrain l’abbé Hugues de Cluny, il est élu roi à Trebur en novembre 1053 et couronné à Aix-la-Chapelle le 17 juillet 1054. Il n’a pas six ans quand son père meurt, le 5 octobre 1056. Sa mère gouverne jusqu’au printemps 1062, quand l’archevêque Annon de Cologne attire l’enfant sur un navire à Kaiserswerth et l’emmène. Ceint de l’épée à Worms le 29 mars 1065, cérémonie qui le déclare majeur, Henri épouse en juillet 1066 Berthe de Turin, puis demande en octobre 1069, devant un synode réuni à Francfort, la dissolution de ce mariage, que le légat Pierre Damien fait échouer.
À partir de 1070, le roi reprend dans le Harz des domaines royaux passés en d’autres mains et les fait garder par des châteaux, dont la Harzburg, confiés à des ministériaux, hommes de service de condition non libre. Les grands de Saxe se soulèvent en 1073 ; il les bat à Homburg sur l’Unstrut le 9 juin 1075. Dans le même temps, la succession de l’archevêché de Milan l’oppose au pape Grégoire VII, élu en 1073. Le 24 janvier 1076, vingt-six évêques réunis à Worms refusent l’obéissance au pape, et une lettre royale lui enjoint de quitter le siège de Pierre. Au synode de carême, en février, Grégoire excommunie le roi et le déclare déchu. En octobre, les princes réunis à Trebur lui laissent un an pour obtenir l’absolution.
Henri passe les Alpes en plein hiver et se présente devant Canossa, château de la comtesse Mathilde de Toscane où le pape s’est arrêté en route vers l’Allemagne. Dans la lettre qu’il adresse aussitôt aux princes (Registre de Grégoire VII, IV, 12, éd. Erich Caspar, MGH Epistolae selectae 2/1, 1920), Grégoire écrit que le roi est resté trois jours devant la porte, pieds nus et vêtu de laine, avant d’être absous le 28 janvier 1077. Le 15 mars, à Forchheim, les princes élisent malgré tout le duc Rodolphe de Souabe. Excommunié de nouveau en 1080, Henri fait déposer Grégoire par un synode tenu à Brixen le 25 juin et désigner à sa place l’archevêque Guibert de Ravenne. Rodolphe meurt le 15 octobre 1080 après un combat près de l’Elster. Devenu Clément III, Guibert couronne Henri et Berthe à Saint-Pierre de Rome le 31 mars 1084. Viennent ensuite les défections, celle du fils aîné Conrad en 1093, puis celle de la seconde épouse, Adélaïde, venue de Kiev, qui accuse publiquement son mari en 1094 et 1095. Le 6 janvier 1103, Henri proclame à Mayence une paix jurée pour tout le royaume. À la fin de 1104, son second fils se soulève, le fait retenir au château de Böckelheim et obtient son abdication à Ingelheim le 31 décembre 1105.
Les dates tiennent. Leur sens tient beaucoup moins, parce que presque tous les récits détaillés du règne ont été écrits par des adversaires du roi, moines de Hesse et de Souabe, clercs de Saxe, et que la seule biographie favorable est une plainte funèbre anonyme composée après sa mort.
Les lettres qui portent son nom ont été rédigées par des clercs de sa chapelle.
Il faut donc reprendre ces textes un à un, du moine de Hersfeld à la Vita de 1106 en passant par les lettres et le registre pontifical, puis examiner trois épisodes où leur désaccord commande encore la lecture du règne, la lettre de Worms, les journées de Canossa et les accusations de 1094 et 1095, avant de suivre ce que l’Allemagne de Bismarck a fait de Canossa et ce que la fouille de 1900 a trouvé à Spire.





