Connectez-vous pour enregistrer les articles, suivre votre progression et ajouter des favoris.

Biographie
Abonnez-vous pour bénéficier des playlists

Abd al-Rahman Ier, émir fondateur de l’émirat de Cordoue

Moyen Âge3 octobre 202614 min de lecture
José Luiz / Wikimedia Commons
14 min de lectureIntroduction en accès libre
La biographie complète en PDFAbonnez-vous pour bénéficier du téléchargement PDF
Introduction

« Une armée sur le chemin de Dieu »

Le disque est en plomb, large de vingt-neuf millimètres et épais de six. Une seule face porte une inscription en écriture coufique, sur cinq lignes, que l’on peut rendre ainsi, « À l’émir Abd al-Rahman ibn Muawiya, une armée sur le chemin de Dieu, qui ne sera ni vaincue ni intimidée ». Le revers porte des sillons qui, selon la notice de la collection, laissent penser que l’objet était serti dans une cotte de mailles. Publié en 1995 par Tawfiq Ibrahim dans la revue Al-Qantara (vol. 16, fasc. 1, p. 143-146), conservé dans la collection privée Tonegawa dont le catalogue est hébergé par l’École d’études arabes du CSIC à Grenade, ce sceau ne se date que par le nom qu’il porte, entre 138 et 172 de l’hégire, soit entre 755 et 788.

Les dirhams frappés sous son règne ne portent aucun nom de souverain, et ce plomb en prend du prix.

Abd al-Rahman ibn Muawiya est un petit-fils du calife Hisham (r. 724-743) par son père Muawiya, mort avant d’avoir régné. Sa mère, que les chroniques andalouses nomment Rah et rattachent à la tribu berbère des Nafza, n’apparaît dans aucun texte du VIIIᵉ siècle. Les mêmes chroniques le font naître en 113 de l’hégire (731-732), dans un domaine proche de Damas dont elles donnent deux noms, Dayr Hanina et al-Ulya. Cette année vient de textes rédigés deux siècles au moins après les faits, et quelques notices modernes retiennent 734 sans qu’on ait retrouvé la source ancienne de ce chiffre. On garde ici 731-732, date commune des chroniques, qu’aucun document contemporain ne vient confirmer.

En 750, la révolution abbasside chasse sa famille du pouvoir, et les nouveaux maîtres de l’empire font rechercher les princes omeyyades pour les tuer. Le récit de sa fuite, avec la traversée de l’Euphrate et la mort d’un jeune frère rattrapé sur la rive, vient pour l’essentiel d’une compilation anonyme, l’Akhbar majmu’a, conservée par un seul manuscrit. Après plusieurs années au Maghreb, où les chroniques le placent notamment chez les Nafza, il envoie dans la péninsule un affranchi, Badr, prendre contact avec les clients de sa famille installés dans la région d’Elvira, autour de l’actuelle Grenade. Il débarque à Almuñécar à la fin de l’été 755. Au printemps suivant, Séville reconnaît le prétendant, et son armée rencontre celle de Yusuf al-Fihri et d’al-Sumayl au lieu-dit al-Musara, sur le Guadalquivir, aux portes de Cordoue, dans le mois de dhu l-hijja 138, qui tombe en mai 756.

La victoire ne règle pas tout. Un accord conclu en juillet 756 fixe Yusuf et al-Sumayl à Cordoue sous surveillance, puis Yusuf reprend les armes et meurt en 759. En 146 de l’hégire (763), les chroniques placent la révolte d’al-Ala ibn Mughith, conduite au nom du calife abbasside et écrasée par l’émir. Au printemps 777, à Paderborn en Saxe, les annales royales franques (Annales regni Francorum, année 777, éd. F. Kurze, MGH, Scriptores rerum Germanicarum 6, Hanovre, 1895) enregistrent la venue de chefs musulmans d’Espagne, parmi lesquels Ibn al-Arabi et un fils de Yusuf dont le nom est latinisé en Ioseph. L’année suivante, l’armée de Charles, roi des Francs, franchit les Pyrénées, trouve fermées les portes de Saragosse et repart vers le nord. Pendant tout le règne, le maître de Cordoue porte le titre d’émir, jamais celui de calife. Les chroniques datent de 169 de l’hégire (785-786) le début de la grande mosquée, et le chapitre cathédral qui gère aujourd’hui l’édifice attribue la mosquée fondatrice aux années 786-788.

Il meurt à Cordoue le 30 septembre 788, à la fin du mois de rabi’ al-akhar 172. Son fils Hisham, né à Cordoue le 1er mars 757 d’une esclave nommée Hawra et alors gouverneur de Mérida, est proclamé le 7 octobre, désigné par son père de préférence à l’aîné, Sulayman, né en Orient vers 746.

Aucun récit arabe composé de son vivant n’a été conservé. Tout ce qui précède, hormis le plomb et les annales franques, vient de chroniques écrites au Xᵉ siècle au plus tôt, sous ses descendants devenus califes, et transmises par des manuscrits des XIVᵉ et XVᵉ siècles. Il faut donc reprendre ces textes un à un, avec leurs manuscrits et leurs dates, puis examiner trois actes que la recherche récente a rouverts, l’achat du terrain de la grande mosquée, un traité de sauvegarde accordé en son nom à des chrétiens et la frappe des premières monnaies, avant de regarder comment les historiens de la cour de Cordoue ont façonné la figure de l’Immigré.

La suite de la biographie

Ce que les sources permettent de tenir

Se connecter pour enregistrer
Se connecter pour enregistrer
La lettre

Vous avez aimé cette biographie ?

Les nouveaux récits de l’encyclopédie et la biographie du moment.