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Question

Peut-on tester une croyance ? Ce que l’expérience peut trancher

Science, méthode et pseudosciences3 septembre 202614 min de lecture
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Introduction

Neuf expériences conformes aux règles, et un résultat que personne n’a cru

En janvier 2011, la principale revue de psychologie sociale a publié neuf expériences du psychologue américain Daryl Bem établissant que des étudiants percevaient l’avenir.

Le dispositif tenait sur un écran d’ordinateur. Deux rideaux, une image derrière l’un des deux, le participant clique. Le tirage au sort qui décide de la position de l’image n’a lieu qu’après le clic. Plus de mille participants au total. Un effet moyen de 0,22, et huit des neuf expériences donnant un résultat statistiquement significatif. Rien dans ces protocoles ne s’écartait de ce que la discipline pratiquait partout ailleurs : mêmes tests, mêmes effectifs, même façon de rapporter. Les éditeurs ont joint un texte expliquant pourquoi ils publiaient.

Personne n’a cru au résultat.

Ce qui a suivi est le fait qui compte. L’article n’a pas convaincu les psychologues que la précognition existe, il les a conduits à douter de ce qu’ils avaient publié eux-mêmes avec les mêmes outils. En 2012, sept réplications menées sur 3 289 participants ont donné un effet moyen de 0,04, indistinguable de zéro. En 2015, un consortium international a refait cent études tirées de trois revues de psychologie : 97 rapportaient à l’origine un résultat significatif, 35 réplications l’ont retrouvé, et les effets mesurés valaient en moyenne la moitié des effets annoncés. Une croyance avait été mise à l’épreuve. C’est l’instrument de mesure qui a perdu.

L’épisode fait voir ce que la question suppose sans le dire. Elle traite comme une seule chose ce qui en fait trois, et les trois n’ont ni les mêmes juges ni les mêmes méthodes.

La première porte sur l’énoncé auquel quelqu’un adhère, et sur sa soumission à l’expérience. Que les astres déterminent le caractère, que la prière d’un tiers modifie une convalescence, que l’esprit anticipe un tirage au sort : ce sont des affirmations sur le monde, et elles relèvent d’un protocole. La deuxième porte sur la personne, et demande d’établir qu’elle croit bien ce qu’elle déclare croire. L’objet mesuré devient alors un état mental, et les seuls accès dont on dispose sont des déclarations et des comportements. La troisième porte sur les effets de la croyance, chez celui qui la tient et autour de lui. On la confond souvent avec la première, alors qu’une croyance fausse peut avoir des effets parfaitement réels et qu’une croyance vraie peut n’en avoir aucun.

S’y ajoute une quatrième chose, étrangère aux trois autres parce qu’elle ne porte sur aucun fait. Doit-on soumettre ses croyances à l’épreuve, et que faire de celles qui échouent ? Aucun protocole ne le dira.

Le brouillage se voit dès les chiffres. Quand l’Ifop demande, du 10 au 12 novembre 2020, à 1 007 personnes représentatives de la population de France métropolitaine si elles croient à l’astrologie, 41 % répondent oui. L’enquête est publiée avec sa méthode, et la série remonte à 1981. Reste à savoir ce que ce chiffre compte. Tenir que la position de Saturne à la naissance détermine un tempérament, trouver son horoscope souvent juste, lire les signes comme un vocabulaire commode pour parler des gens : trois attitudes différentes, une seule case dans le questionnaire. Le protocole de 1985 sur l’astrologie n’atteint que la première.

Le désaccord ne commence donc pas sur les résultats des protocoles. Ils sont publics, ils sont concordants, et ils sont accessibles aux deux camps. Il commence un cran avant, sur ce qu’un protocole atteint. D’un côté, la position selon laquelle une croyance sur le monde est un énoncé comme un autre : testable en droit, et le refus du test vaut aveu. De l’autre, la position selon laquelle ce qui est testé n’est presque jamais ce qui est cru, non par dérobade mais parce que l’objet n’a pas la forme qu’on lui prête. Ce désaccord est en partie factuel, il porte sur la nature des états mentaux en jeu, et en partie de valeur, il porte sur ce que l’on doit à ses propres croyances. Les deux couches sont presque toujours mêlées, et c’est ce qui rend la dispute interminable.

Reste à instruire quatre choses. Ce qui s’est passé en 1985, quand vingt-huit astrologues ont accepté d’écrire à l’avance ce qui les ferait perdre, et pourquoi cela n’a pas suffi. Ce qu’un essai randomisé sur 1 802 opérés du cœur a mesuré, et la phrase par laquelle ses auteurs ont dit ce qu’il ne mesurait pas. Ce que compte exactement un chiffre d’enquête sur la croyance en Dieu, et pourquoi l’institut qui le publie interdit de le comparer au sien de dix ans plus tôt. Et ce qui oppose, depuis 2014, ceux qui tiennent le mot « croire » pour un mot ambigu et ceux qui n’y voient qu’une complication inutile.

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