Fait dans la capitale de la Sicile, en l’an 528
Le manteau mesure 146 centimètres de haut et 345 de large. Taillé dans un samit rouge, une soie à trame lourde, il montre de part et d’autre d’un palmier deux lions qui terrassent chacun un chameau, brodés au fil d’or et semés de perles. Sur la bordure court une inscription arabe en écriture coufique, suite de vœux de bonheur, de gloire et de puissance qui se clôt sur un lieu et une date, la capitale de la Sicile, l’an 528 de l’hégire, soit 1133-1134. Le Kunsthistorisches Museum de Vienne l’expose dans la Kaiserliche Schatzkammer sous le numéro WS XIII 14 ; passé par héritage aux Hohenstaufen, il a servi au couronnement des rois et empereurs du Saint-Empire. L’inscription ne nomme aucun souverain, et c’est par sa date et par son atelier, la manufacture du palais de Palerme, qu’on l’attribue à Roger II, couronné trois ans plus tôt, en décembre 1130, sans lui.
Rogerius dans les diplômes latins, Rogerios rex en lettres grecques sur la mosaïque palermitaine de la Martorana, Rujar chez les auteurs arabes, Roger est le fils cadet de Roger Iᵉʳ de Hauteville, conquérant normand de la Sicile, et de sa troisième épouse, Adélaïde del Vasto, issue d’une famille comtale implantée entre Ligurie et Piémont. Il naît à Mileto, en Calabre, le 22 décembre 1095 selon la date que retiennent Hubert Houben et le Dizionario Biografico degli Italiani ; la source primaire qui fournit ce jour n’a pas été recoupée ici. Son père meurt le 22 juin 1101, son frère aîné Simon le 28 septembre 1105, à douze ans. Le comté revient alors à un garçon de neuf ans, sous la régence de sa mère, qui fixe en 1112 le siège du pouvoir à Palerme, ville peuplée en majorité de musulmans. Roger gouverne en son nom à partir de cette année-là, conseillé par deux hommes de culture grecque, l’émir Christodoulos, qui disparaît des sources en 1124, puis Georges d’Antioche.
En juillet 1127, la mort sans héritier de son cousin Guillaume, duc d’Apulie, lui ouvre le continent. Excommunié par Honorius II, qui lui oppose une ligue de barons, il obtient pourtant du même pape l’investiture du duché le 22 août 1128, devant Bénévent. Le schisme de 1130 lui donne davantage. Anaclet II, l’un des deux papes élus en février, lui concède le titre royal par une bulle du 27 septembre, et Roger est couronné à Palerme le jour de Noël, probablement par l’archevêque Pierre. Neuf années de guerre suivent, contre les barons du continent, contre Innocent II, l’autre pape, et contre l’empereur Lothaire III, dont l’armée prend Bari en mai 1137. En juillet 1139, Innocent II tombe dans une embuscade près de Galluccio ; prisonnier, il investit Roger à Mignano, le 25, du royaume de Sicile, du duché d’Apulie et de la principauté de Capoue. L’année suivante, à Ariano, une assemblée de barons et d’évêques voit publier une réforme monétaire et des lois, dont un recueil sans date est conservé dans le manuscrit Vat. lat. 8782 de la Bibliothèque vaticane. Au cours de la décennie, le palais se dote de bureaux fiscaux qui écrivent en arabe, la flotte prend Tripoli en 1146 puis Mahdia, Sousse et Sfax en 1148, et une expédition contre Byzance pille Thèbes et Corinthe en 1147.
Marié en 1117 à Elvire, fille du roi de Castille et León, il a d’elle au moins cinq fils, dont Guillaume est le seul à lui survivre. Veuf en février 1135, il épouse Sibylle de Bourgogne, puis en 1151 Béatrice de Rethel, et associe Guillaume au trône la même année. Roger meurt à Palerme le 26 février 1154, date que la recherche reçoit sans variante. Sa fille Constance naît quelques mois plus tard. On l’ensevelit dans la cathédrale de Palerme, alors qu’il avait fait placer en 1145, dans celle de Cefalù, deux sarcophages de porphyre, l’un pour son corps, l’autre destiné à rester vide.
Rien ne permet de mesurer sa part personnelle dans les actes pris en son nom.
Les récits du règne viennent de deux contemporains qui écrivent à une trentaine de kilomètres l’un de l’autre, l’abbé Alexandre de Telese, dont la Ystoria Rogerii regis (éd. Ludovica De Nava, Rome, 1991) fut commandée par une sœur du roi, et Falco, notaire et juge de la curie pontificale à Bénévent, auxquels s’ajoute la chronique de Romuald, archevêque de Salerne à partir de 1153. Il faut les prendre une à une, avec les objets et les manuscrits qui les corrigent, puis examiner deux affaires que la recherche lit différemment, les lois d’Ariano et le bûcher de l’émir Philippe en 1153, et suivre enfin la réputation du roi depuis le tyran de ses adversaires jusqu’au premier souverain moderne qu’un historien américain croit reconnaître en lui en 1915.




