Hildebrand
« Hildebrando iam non apostolico sed falso monacho. » Ainsi commence la lettre qu’Henri IV, roi de Germanie, adresse au pape après l’assemblée d’évêques réunie à Worms le 24 janvier 1076, lettre qui s’achève en le sommant de descendre du siège apostolique (Die Briefe Heinrichs IV., éd. Carl Erdmann, MGH, 1937, n° 12). L’adresse retire au destinataire son nom de pontife, le rend à son nom de baptême et ne lui laisse de son état que l’habit de moine, qu’elle déclare usurpé.
Le nom retenu ici est celui qu’il prend à son élection du 22 avril 1073, Grégoire VII, Gregorius VII dans les actes latins. Avant cette date, il s’appelle Hildebrand, Ildebrando di Soana dans l’usage italien, et vient probablement de Sovana, la Soana des textes, dans le sud de la Toscane. Aucune source ne donne l’année de sa naissance. La notice du Dizionario Biografico degli Italiani la place entre 1025 et 1030, d’autres répertoires vers 1020, et l’examen anthropologique du squelette conduit à Salerne en mai 1984 situe l’âge au décès entre 65 et 75 ans, ce qui ferait remonter vers 1015. Des trois fourchettes, la dernière nous paraît la plus solide, parce qu’elle est la seule qui ne dépende d’aucun récit. La mort, elle, se date sans flottement.
Venu jeune à Rome, il est rattaché par des sources tardives au monastère Sainte-Marie de l’Aventin ; elles font de lui un moine, une hypothèse moderne place sa profession à Cluny vers 1048, et une partie de la recherche le tient pour un chanoine. Sous Léon IX (1049-1054), il devient sous-diacre de l’Église romaine. En 1054, il siège comme légat au concile de Tours qui examine la doctrine eucharistique de Bérenger. Archidiacre en 1059 au plus tard, c’est-à-dire chargé de l’administration temporelle de l’Église de Rome, il obtient cette année-là de Richard, prince normand de Capoue, le secours de trois cents chevaliers contre Benoît X, pape installé par une faction de l’aristocratie romaine, et il pèse ensuite sur l’élection d’Alexandre II, le 30 septembre 1061.
Le 22 avril 1073, pendant les funérailles d’Alexandre II au Latran, la foule l’acclame, et les cardinaux l’élèvent le jour même à Saint-Pierre-aux-Liens ; il n’est alors que diacre et reçoit la prêtrise puis la consécration épiscopale dans les semaines suivantes. Chaque carême, un synode réuni au Latran poursuit la simonie et le nicolaïsme, nom donné au mariage et au concubinage des clercs. En février 1075, celui de carême frappe cinq conseillers du roi. Le registre de ses lettres conserve à la même date vingt-sept propositions sur les pouvoirs du pontife romain, le Dictatus papae, dont la dernière affirme qu’il peut délier les sujets de la fidélité jurée à des maîtres injustes.
Au synode de février 1076, en réponse à Worms, Grégoire excommunie le roi et délie ses sujets de leur serment. Le 28 janvier 1077, il écrit de Canossa, forteresse de la comtesse Mathilde de Toscane, aux princes allemands que le roi s’est tenu trois jours devant la porte, sans chaussures et vêtu de laine, avant d’être reçu et absous (Registrum, IV, 12, éd. Erich Caspar, MGH, 1920). Les princes hostiles élisent pourtant Rodolphe de Souabe à Forchheim le 13 mars suivant. En mars 1080, le pape excommunie Henri une seconde fois ; en juin, à Brixen, des évêques fidèles au roi le déposent et élisent l’archevêque Guibert de Ravenne, qui prend le nom de Clément III. Henri assiège Rome à partir de mai 1081, y fait introniser Guibert en mars 1084 et reçoit de lui la couronne impériale le 31 mars. En mai, les Normands de Robert Guiscard dégagent le pape réfugié au château Saint-Ange et livrent la ville au pillage. Grégoire se retire avec eux à Salerne, y tient un dernier synode et y meurt le 25 mai 1085.
L’homme privé échappe presque entièrement aux documents, qui ne donnent ni l’année de sa naissance, ni le lieu de sa profession religieuse, ni la part qu’il prend lui-même aux lettres expédiées en son nom, et le registre de ces lettres s’interrompt en 1083. Il faut maintenant ouvrir ce registre et les textes de ses adversaires comme des objets, avec leurs auteurs, leurs dates et leurs manuscrits, reprendre la date de l’interdiction de l’investiture et les trois jours de Canossa avec les historiens qui les discutent, puis suivre le nom de Grégoire VII depuis la Vie écrite en 1128 jusqu’à l’arrêt du parlement de Paris de 1730.

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