Connectez-vous pour enregistrer les articles, suivre votre progression et ajouter des favoris.

Académie · Cours Antiquité · Religion

0. Avant-propos

Cours 5 : Comprendre la religion égyptienne

Le temple d’Hathor à Dendera est l’un des mieux conservés d’Égypte. Son sanctuaire majeur a été entrepris en juillet 54 avant notre ère, sous Ptolémée XII, un roi descendant d’un général d’Alexandre, et la décoration s’est poursuivie sous les empereurs romains. Les murs qui nous renseignent le mieux sur le rituel égyptien ont donc été gravés alors que ce rituel avait près de trois mille ans derrière lui, et guère plus de quatre siècles devant lui.

Ce décalage commande tout le cours. La religion égyptienne a fonctionné trois millénaires et demi sans texte révélé, sans dogme, sans clergé enseignant, sans conversion, et sans que la population soit admise dans le sanctuaire. Comprendre comment un tel système tient si longtemps suppose de le prendre pour ce qu’il est, une machine qui s’entretient, plutôt que pour une galerie de divinités à têtes d’animaux. Le cours ne fait donc pas la revue des dieux égyptiens. Il suit un ordre à maintenir, l’institution qui l’entretient jour après jour, les accès que la population trouve par les marges, le dispositif funéraire qui étend la même logique au sort individuel, une tentative de tout réformer d’un coup, et une extinction lente.

Voici un échantillon du travail, pris au chapitre 8. Le Livre des Morts n’a jamais porté ce nom en Égypte. Les scribes écrivaient « formules pour sortir au jour ». Le titre courant vient de Richard Lepsius, qui publie à Leipzig en 1842 la première édition savante d’un rouleau du musée de Turin, le papyrus 1791, copié à l’époque ptolémaïque. Ce rouleau aligne 165 formules, que Lepsius numérote pour les besoins de son édition. Sa numérotation est restée. Un égyptologue qui cite aujourd’hui « le chapitre 125 » cite un classement allemand du XIXᵉ siècle, pas un usage égyptien. Près de deux cents formules sont recensées, et aucun exemplaire connu ne les contient toutes. Il n’existe pas non plus de recension égyptienne établie avant quelques tentatives tardives. Chaque rouleau est une sélection faite pour un mort particulier, parfois achetée toute prête avec un blanc laissé pour le nom. Et le manuscrit qui a servi à numéroter l’ensemble est postérieur de plus de mille ans aux plus anciennes copies conservées du recueil.

Ce que le cours fait des sources se dit vite. Chaque affirmation vient avec sa provenance et avec sa portée. Sur Akhenaton, les égyptologues ne s’accordent ni sur l’emploi du mot « monothéisme » ni sur la part de rupture réelle : le chapitre 9 donne les positions avec leurs auteurs, leurs ouvrages et leurs dates, et laisse le désaccord ouvert plutôt que de le refermer pour la commodité du lecteur. Quand la documentation manque, le cours dit pourquoi elle manque, ce qui s’apprend aussi. Aucune date de règne antérieure au Nouvel Empire n’est donnée sans sa marge, ni sans rappeler que la chronologie égyptienne reste une convention de travail.

Ce que vous saurez à la fin

  • Dire ce que la maât engage, et pourquoi aucun mot français ne la traduit à lui seul.
  • Décrire ce qui se passait dans un temple égyptien un matin ordinaire, et dire qui avait le droit d’y assister.
  • Reconnaître d’où vient chaque grand type de source égyptienne et ce que chacun déforme.
  • Lire une scène de pesée du cœur sans y projeter un jugement dernier chrétien.
  • Dire ce qu’Akhenaton a fait, dans quel ordre, ce qu’il n’a pas fait, et sur quoi les égyptologues se disputent encore.
  • Dater la fin réelle du culte égyptien et expliquer pourquoi la date habituellement citée est mauvaise.

Le sommaire

  1. Un mot qui manqueAucun terme égyptien ne recouvre ce que nous appelons religion, et notre documentation vient presque entièrement des temples tardifs et des tombes d’élite.
  2. Refaire la maâtCe que la maât fait tenir ensemble, et pourquoi elle exige une opération répétée dont le roi est comptable.
  3. Dieux et cosmogoniesPlusieurs récits de création coexistent sans se corriger, et un dieu porte plusieurs formes sans cesser d’être lui-même.
  4. La maison du dieuLe temple abrite un service quotidien rendu à une statue par un prêtre qui tient la place du roi, et son plan découle de ce service.
  5. Fêtes et oraclesQuand la barque du dieu sort du sanctuaire, elle devient consultable, et la justice ordinaire s’en sert.
  6. Osiris et la personneLe seul récit suivi d’Osiris est grec et tardif, et la personne égyptienne est un composé que la mort sépare.
  7. Faire une momieUne technique graduée selon les moyens, dont un atelier fouillé à Saqqara a livré les produits, les noms et le prix.
  8. Peser un cœurUn recueil sans canon, une balance, une plume, et une formule qui demande au cœur de ne pas témoigner.
  9. La parenthèse amarnienneCe qu’Akhenaton a réellement fait, et pourquoi la qualification de monothéisme dépend entièrement de la définition retenue.
  10. Le dernier hiéroglypheLe culte s’arrête par retrait des moyens et des savoirs, un siècle avant la date qu’on lui assigne d’ordinaire.

Avant de commencer

Le cours ne suppose aucune connaissance de l’Égypte ni d’histoire des religions. Il n’est pas une histoire politique : le pouvoir, l’administration et l’économie relèvent du cours « Comprendre l’Égypte ancienne », auquel celui-ci renvoie aux quelques endroits où les deux se croisent. Comptez une quinzaine de minutes par chapitre, deux à trois heures pour l’ensemble.

Trois signes reviennent dans le texte. Les mots soulignés ouvrent une définition courte au survol. Les chiffres en exposant appellent une référence précise ou une nuance savante. Les encadrés portent un document, un objet, une méthode ou l’état d’un désaccord entre chercheurs. Le cours se lit entièrement sans les ouvrir, et les ouvrir donne le détail.